Collège et lycée Cévenol : une dynamique de reconquête

Après une période délicate, l'établissement du Chambon-sur-Lignon voit l'avenir plus sereinement. Avec un nouveau conseil d'administration et la volonté de renforcer ses points forts, comme sa vocation internationale
Il y a six mois, lorsque Claude Le Vu prenait les rênes de l'association unifiée qui gère l'établissement emblématique du plateau Vivarais-Lignon, le « bébé » paraissait de santé précaire. Des rumeurs les plus pessimistes circulaient sur la pérennité du collège-lycée international Cévenol du Chambon-sur-Lignon.
Aujourd'hui, à la veille d'une rentrée qui s'annonce avec des effectifs comparables (autour de 180 élèves), le président se félicite de la tournure que prennent les événements. « L'arrivée de nouveaux administrateurs, avec des compétences ciblées, atteste de l'intérêt qui est porté à l'avenir du Cévenol par des personnalités de premier plan. Parmi les nouveaux venus, je citerai notre trésorier, Jean-Marc Schmidt, un gestionnaire d'entreprise. Ou encore, Albert Munoz, le proviseur du prestigieux lycée parisien Charlemagne. J'ajoute Laurent Tournaire dont l'expérience dans l'enseignement supérieur nous sera précieuse, comme l'expertise d'André Gaste, l'avocat lyonnais. »
Sans oublier le vice-président Jean-Michel Hieaux, un ancien Cévenolien, comme l'est Claude Le Vu, qui exerce des responsabilités dans une importante entreprise de communication. Car l'idée première pour mener à bien ce redressement du Cévenol, c'est de communiquer sur les fondamentaux. « Si du côté de la gestion, il faut bien admettre que l'établissement a connu des moments délicats auxquels un prêt bancaire a permis de mettre fin, en matière de valeurs, il n'y a pas eu de glissement. Le contexte qui a prévalu à la création de l'école en 1938 est toujours là. »
Et de lister : « Il faut continuer à offrir, dans la proximité, la possibilité aux enfants du Plateau de poursuivre leur scolarité jusqu'au baccalauréat. Il faut reconquérir les lycéens du secteur qui préfèrent se tourner vers Monistrol-sur-Loire, ou Le Cheylard en Ardèche. » Autre piste : « Il faut communiquer sur notre aspect international et l'accentuer. Les élèves bénéficient de l'apport d'une assistante pédagogique américaine pour le temps proprement scolaire mais aussi les activités extrascolaires. Nous avons l'ambition de délivrer, à terme, des diplômes internationaux. »
Accent encore à mettre sur les atouts liés aux pratiques sportives : tennis, judo, rugby. Et d'ajouter : « Le Cévenol est en symbiose avec le bouillonnement culturel propre au Plateau. Notre atelier théâtre, fort d'un partenariat renforcé avec la Comédie de Saint-Étienne, en témoigne. Idem pour le dynamisme des actions engagées en arts plastique et vidéo. »
Et Jean-Michel Hieaux de lancer : « A l'heure où le repli sur soi semble monter en puissance, l'ouverture à la différence, qui est la règle au Cévenol, est une richesse à mettre avant ».

NDLR : Sur cette photo, de gauche a droite : Thierry Maous, Laurent Tournaire, Hervé Missemer, Véronique Belin, Antoine Cathala, Pierre Rousset, Jean Michel Hieaux, Nathalie Bachelard (caché derrière : Hubert Pasquette), Claude Le Vu, Christophe Geoffroy et Jean Marc Schmidt.

L'établissement, candidat à l'« Internat d'excellence »

Le Cévenol a monté un dossier en vue d'être labellisé « Internat d'excellence » pour la rentrée 2011-2012.
L'internat d'excellence s'adresse à des jeunes ne bénéficiant pas d'un environnement favorable pour réussir leurs études.
Cette mesure de la dynamique « Espoir Banlieues », mise en place en 2008 pour la promotion de l'égalité des chances et de la mixité sociale, a pris une nouvelle dimension avec l'ouverture de douze internats d'excellence pour cette rentrée. A terme, 20 000 places seront créées, avec une enveloppe financière pour l'adaptation des locaux. Les internats d'excellence doivent offrir à des élèves motivés des conditions de travail optimales : une pédagogie ouverte, dispensée par des professeurs volontaires, un accompagnement personnalisé, renforcé par une aide aux devoirs, des activités sportives, scientifiques et culturelles, l'accès aux nouvelles technologies et un dispositif dit « cordée de la réussite » permettant de poursuivre des études supérieures.
L'objectif poursuivi est de refuser de soumettre les parcours scolaires au hasard de la naissance. « Un objectif dans lequel on retrouve bien les valeurs propres au Cévenol qui se distingue déjà par une réelle mixité sociale » souligne Claude Le Vu, le président de l'association unifiée qui gère l'établissement chambonnais.

Philippe Bauwens, le nouveau directeur

Il prend ses fonctions aujourd'hui, succédant à ce poste à Fabien Larroque, démissionnaire. Philippe Bauwens pouvait, à soixante et un ans, prendre sa retraite, mais le challenge du Cévenol le motive. Cet ex-professeur de mathématiques vient de l'enseignement social où il a travaillé ces douze dernières années, en Ile-de-France, comme chef d'établissement du Foyer de Cachan, un lycée d'enseignement professionnel privé, laïque, sous contrat d'association, à l'instar du collège Cévenol. Le Foyer de Cachan est également doté d'un internat mixte de deux cents places, qui a été éligible au programme « Internat d'excellence » auquel est candidat le Cévenol pour la rentrée 2011.

Une page d'histoire

Le collège Cévenol a été créé par les pasteurs André Trocmé et Edouard Theis en 1938.
L'un de leurs buts était d'offrir aux jeunes du pays la possibilité de poursuivre sur place des études secondaires.
Les circonstances de la Seconde Guerre mondiale ont conduit ses fondateurs à affirmer leurs idéaux de tolérance et de non-violence.
L'établissement s'est développé rapidement à cette époque. S'y sont rencontrés élèves et professeurs de tous horizons géographiques, ethniques et religieux. Le climat d'ouverture, la recherche et les expériences pédagogiques, la qualité de la vie éducative, ont marqué tous ceux qui l'ont fréquenté.
Héritier de la Réforme, marqué par les traditions locales de la résistance à toutes formes d'oppression, le Cévenol s'est toujours efforcé de promouvoir une éducation pour la personne au sein d'une collectivité diversifiée. (Pour plus d'information voir Wikipedia)


Fabienne Mercier © Le Progrès du 01.09.2010