dimanche 28 août 2011

Retrouvailles autour d'un film

Projection de "la banalité du Bien" : les filles des pasteurs Théis et Trocmé étaient là

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Retrouvailles émues entre les anciens camarades, Henri Roux et Louise Théis - Photo Fabienne Mercier

Dans l'assistance, on retrouvait des témoins de l'époque, singulièrement attentifs. Parmi eux, deux femmes, dont les pères, tous deux pasteurs, ont marqué cette période de l'histoire sur le plateau Vivarais-Lignon. Édouard Théis et son épouse Mildred, André Trocmé et sa femme Magda, sont les fondateurs, avant la guerre, du collège Cévenol. Leurs personnalités, leur engagement indéfectible contre les totalitarismes, leur pacifisme affirmé, ont été moteurs pour entraîner, en lien avec les autres pasteurs du territoire, la population à accueillir les réfugiés. Après la projection, Nelly Trocmé-Hewett (qui vit aux États-Unis) et Louise Théis (qui habite à Grenoble) se rejoignent pour saluer le film. Nelly Trocmé-Hewett formule toutefois deux reproches: «Je regrette qu’on n'évoque pas le pasteur Théis qui comptait tout autant que mon père. Je regrette aussi qu'on ne parle que du Chambon et pas des autres villages du Plateau qui ont aussi participé au sauvetage des réfugiés.» Dans un sourire, elle ajoute: «Thierry Maous m'a certifié que, dans le cinquante-deux minutes, ces aspects primordiaux seraient correctement pris en compte.»

Fabienne Mercier - le Progrès 28/08/2011

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Thierry Maous

Thierry Maous est très investi pour le Collège Cévenol où il a effectué une partie de sa scolarité - Photo Fabienne Mercier

Ce n'est pas un hasard si Thierry Maous, avec sa compagne Silvia Salamon, a entrepris de recueillir la mémoire de l'histoire du plateau Vivarais-Lignon. Le réalisateur a des attaches avec le territoire. Claude, son père, caché en Ardèche pendant la guerre, après avoir été dénoncé à la police de Vichy, avait trouvé refuge au Chambon. Lorsque, quelques années plus tard, son fils, adolescent, se révèle peu enclin à suivre un parcours scolaire balisé, il le confie aux pédagogues du lycée international Cévenol. Thierry Maous fréquente le Cévenol de 1966 à 1970. Il y revient régulièrement, intégrera le conseil d'administration. C'est un membre très actif de l'association des anciens du collège Cévenol, au profit de laquelle il tourne un DVD des Fables de la Fontaine.

Fabienne Mercier - Le Progrès 23/08/2011

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«La banalité du Bien» questionne notre engagement aujourd’hui

Des semaines de tournage, échelonnées sur deux ans, ont livré 38 heures de rush, nourries de témoignages précieux. Les réalisateurs Thierry Maous et Silvia Salamon en ont extrait un film de trente : « La banalité du Bien ». Il sera diffusé, sur France 2, dimanche 30 octobre, à 10 heures, dans le cadre de l’émission « Présence protestante ». En avant-première, samedi, il était présenté au Cinéma-Scoop du Chambon-sur-Lignon.

La banalité du Bien - projectionLa salle était comble (180 personnes) une seconde séance a été organisée dans la foulée, les deux étaient prolongées d’un temps d’échange - Photo Fabienne Mercier

Ce document se veut « un récit des résistances aux oppressions et aux idéologies de l’exclusion ». Il balaie cinq siècles d’histoire, des colporteurs Vaudois qui ont précédé la Réforme jusqu’à nos jours. Outre la participation de Gérard Bollon, historien local, d’Antonio Piazza, républicain espagnol ayant échappé à la rafle à la maison des Roches, du philosophe Olivier Abel, Thierry Maous et Silvia Salamon ont rencontré des témoins (dont certains ont, depuis le tournage, disparu, comme Gaby Barraud) éclairant d’un regard non manichéen la période de la dernière guerre.

Un juif résistant résume la problématique : « Nous, nous nous battions pour sauver notre peau, eux risquaient leur vie pour sauver la nôtre. »

Thierry Maous assure que : « Notre propos n’était pas de faire l’apologie du Chambon, on a mis en évidence différentes approches. Vous entendez d’anciens enfants cachés raconter qu’ils ont eu faim dans les fermes où ils étaient réfugiés. Que le pasteur Trocmé poussait son pacifisme très loin, jusqu’à refuser d’écrire un mot de soutien à un de ses paroissiens parti au front car il ne pouvait tolérer qu’on prenne les armes. »

Il exprime un regret : « On aurait dû faire ce travail il y a vingt ans. Beaucoup de témoins ont disparu. Nous allons mettre à disposition du futur lieu de mémoire les entretiens réalisés. »

Les cinéastes veillent à montrer un territoire toujours prompt à résister. On entend la voix des membres de la Cimade, de l’association Plateau asile solidarité (PAS). On découvre les lycéens du Cévenol qui s’investissent auprès des enfants du centre d’accueil des demandeurs d’asile (Cada) le mercredi après-midi. Dans le film, un témoin salue cette continuité d’engagement.

Le documentaire offre un beau final. Face au Lizieux, La Cévenole retentit. Ce chant emblématique possède, aujourd’hui encore, une profonde résonance dans les cœurs, y compris de ceux qui ne sont pas de confession protestante : c’est un hymne de la révolte face à l’oppression.

Une production Zoulou compagnie avec France-télévisions, le CNC, le Mémorial de la Shoah et la mairie du Chambon-sur-Lignon.

Fabienne Mercier - Le Progrès 23/08/2011

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