« Une élite moderne et laïque » : le Collège Cévenol

Ce symbole de la Résistance, cher aux protestants, connaît aujourd’hui une passe extrêmement difficile. Sa survie est en jeu.

Le Chambon mis à mal

Rien que son nom évoque mille souvenirs et fiertés dans le cœur des protestants français. Le Collège-Lycée International Cévenol du Chambon-sur-Lignon est tout un symbole. Il a été créé à la veille de la Deuxième Guerre mondiale par les pasteurs Trocmé et Theis pour scolariser les enfants du Plateau, trop éloignés des établissements publics de la région. Il bénéficie aussi, dès son origine, de la présence de quakers américains, dont les valeurs de non-violence marquent le Collège jusqu’à ce jour. Pendant l’Occupation, il sauve des juifs. Mais il reçoit aussi en pensionnat des élèves espagnols pendant la guerre d’Espagne ou des Hongrois réfugiés à l’ouest du rideau de fer. Plus récemment, il a accueilli de nombreux Libanais fuyant la guerre dans leur pays, ou même encore deux étudiantes rwandaises – l’une hutue et l’autre tutsie – auxquelles le Chambon a offert un havre de paix pendant le génocide qui a ravagé leur pays.

Le collège est aujourd’hui dirigé par un fils de pasteur togolais, lui-même ancien élève du Chambon, Robert Lassey. L’établissement accueille 270 élèves, de la classe de 4e à la terminale, dont 30 étrangers et 100 internes. Car le recrutement est des plus originaux : aux enfants du pays s’ajoutent ceux qui viennent de toute la région et des étrangers tentés par l’expérience internationale. Les internes régionaux y cherchent ce à quoi toute famille aspire quand elle fait le choix de l’internat : « Un ou deux ans pour respirer, une parenthèse pour se mettre à distance », explique Martine Chauvinc, présidente du conseil d’administration.

Malheureusement, les étudiants étrangers se font plus rares aujourd’hui, les visas étant de plus en plus difficiles à obtenir. Résultat : vingt Africains, l’équivalent d’une classe, sont restés au pays cette année, ou ont fini par aller étudier au Québec. Le Collège Cévenol tente de compenser, à regret, en s’ouvrant aux pays d’Europe de l’Est.

Etonnant : dans cet établissement protestant, quasiment aucun élève français n’est protestant. Mais qu’à cela ne tienne, catholiques, juifs, musulmans et non-croyants se côtoient et apprennent à partager. Une aumônerie a ouvert cette année, animée par une laïque, pour favoriser la rencontre et l’échange. Le Collège reste protestant dans les valeurs qu’il porte et souhaite transmettre : la conviction que « tout le monde est éducable », « la confiance en soi et en l’autre, le respect de soi et de l’autre, la capacité à s’ouvrir », selon Robert Lassey ; « le pacifisme et la non-violence », selon Martine Chauvinc.

Défi financier

L’objectif pour notre interlocutrice est d’« arriver à faire passer aux élèves une sorte de confiance en l’avenir, qui n’est pas passive. Parce que j’ai confiance, je m’engage ». Une confiance qu’elle s’efforce de vivre elle-même au quotidien, face au terrible défi financier que le Collège Cévenol doit relever, et qui menace sa survie même. « L’établissement est vraiment en danger économiquement, reconnaît Robert Lassey. Ce serait un drame pour tout le monde si nous devions fermer. » Au cœur du problème, selon Martine Chauvinc, « une énorme dette vis-à-vis de la mairie », qui a donné lieu à des négociations difficiles sur les modalités d’un paiement acceptable par tous. « Cela nous plombe, nous n’avons pas de quoi investir. Notre établissement a du mal à être moderne pour ce qui est des locaux. »

Face à ces difficultés, certains ont émis l’idée de « déménager » le Collège Cévenol, par exemple en région parisienne. « Pourquoi pas ouvrir une annexe ailleurs ? », déclare Martine Chauvinc, mais elle exclut un déménagement pur et simple : « Ici, il y a une implantation, une histoire. » Et, Rober Lassey y tient, « une espérance ».

Marie LEFEBVRE-BILLIEZ

Reforme-Logo.gifN° 3256 - 24 janvier 2008