Du rural à l’international - Le Collège Cévenol fête ses 70 ans

En plein cœur de la Haute-Loire, le Collège Cévenol, qui fête ses 70 ans, se bat pour offrir à ses élèves locaux et étrangers un cadre attractif, fidèle à ses valeurs historiques de non-violence.

Du rural à l’international

Annika est une jeune lycéenne allemande qui ne voulait pas attendre d'avoir passé le bac pour bien maîtriser les langues étrangères. Alors elle a décidé de passer sa classe de première au Collège Cévenol, au Chambon-sur-Lignon. Elle habite dans une famille d'accueil et n'est pas retournée en Allemagne depuis neuf mois. Du Collège Cévenol, elle apprécie surtout l'aspect international : « Je ne suis pas la seule étrangère. »

À ses côtés, Kangah-Frédérique acquiesce. Française d'origine ivoirienne, elle suit sa scolarité au Chambon depuis cinq ans. Elle s'apprête à passer son bac littéraire dans quelques jours, avant de partir pour l'Angleterre poursuivre des études de droit. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, elle apprécie le côté un peu reculé de la Haute-Loire : « J'aime bien que ce soit isolé, on peut se concentrer davantage. J'apprécie le cadre, la nature. Et puis on y rencontre des gens de partout : Mexique, États-Unis, Espagne, Angleterre, Italie, Namibie, Gabon. »

Dix-neuf nationalités

Mais qu'est-ce qui attire donc autant d'élèves étrangers dans une école en plein cœur du plateau du Vivarais ? Son histoire, d'abord. Fondé en 1938 par deux pasteurs réformés, André Trocmé et Édouard Theis, le Collège Cévenol s'implique rapidement dans des activités de résistance et développe une éducation particulière à la non-violence. De là, sa renommée se répand dans les cercles protestants, mais pas seulement, et au-delà des frontières hexagonales. Aujourd'hui, l'établissement, privé sous contrat, accueille 220 élèves, dont une centaine en internat et une trentaine d'étrangers. Dix-neuf nationalités sont représentées, et toutes les grandes religions. Avec un peu de retard, l'établissement fête en grande pompe ses 70 ans le week-end de la Pentecôte, où se réunira presque un millier d'anciens élèves venus du monde entier.

Le programme Comenius

Malgré les dorures du passé, les enjeux du présent sont bien réels et maintenir le dynamisme et la viabilité économique d'un tel établissement, implanté dans un secteur économique difficile, n'est pas gagné. Le conseil d'administration a embauché un nouveau directeur à la rentrée 2008, qui ne manque pas d'idées et d'entrain pour une école qu'il trouve étonnante : « Un campus ouvert, sans barrière ni frontière, imbriqué dans le village et la nature, c'est inouï en France ! », se réjouit Fabien Larroque, ancien professeur de musique. Pour développer au maximum les atouts du Collège Cévenol, il compte tout d'abord jouer la carte de l'international. L'établissement a donc investi dans les cours de français langue étrangère, dont Annika bénéficie par exemple. Ceux-ci donnent accès au DELF (diplôme d'études de langue française), reconnu au niveau européen. Le Collège s'implique aussi dans un programme d'échange européen, Comenius. En partenariat avec un autre établissement public du plateau, deux écoles allemandes et une tchèque, l'objectif est de mettre en place des méthodes d'apprentissage pour les « élèves à profil particulier ». Or, le Collège Cévenol en accueille de quatre types sur son site : les élèves étrangers, bien sûr, mais aussi ceux porteurs d'un handicap comme la dyslexie, les demandeurs d'asile et primo-arrivants (le Chambon-sur-Lignon dispose d'une Centre d'accueil pour demandeurs d'asile, CADA) et les élèves de sport-études. Les échanges de professeurs et d'élèves ont pour but de confronter les outils pédagogiques utilisés dans différents pays pour accueillir au mieux ces publics.

Le Collège ouvrira aussi à la rentrée 2009 une section européenne allemand à partir de la classe de seconde, qui s'ajoutera à la section européenne anglais accessible dès la classe de quatrième. Les séjours d'études dans des écoles partenaires à l'étranger ont aussi vocation à s'amplifier, notamment pour des séjours de six semaines environ, entre deux vacances scolaires. « En développant le “e-teaching” et le “e-learning”, les élèves qui partent ainsi pour l'étranger ne perdront rien du programme scolaire français », anticipe Fabien Larroque. L'objectif ? « Une ouverture vers d'autres pratiques pédagogiques, langues et cultures, une meilleure utilisation de l'outil informatique mais surtout l'acquisition de compétences transversales et l'investissement d'élèves sur des projets. »

Le directeur ne pense pas qu'aux élèves venus de l'étranger, mais aussi, et surtout, à ceux issus des environs immédiats, dont les origines sont plutôt modestes. « Le Cévenol veut être une ouverture sur le monde pour eux. » D'où cette idée, entre autres, de discussions le soir en anglais, allemand ou espagnol avec les élèves étrangers pour bien comprendre que « la langue est un vecteur de communication, pas une fin en soi ».

Un internat revalorisé

Autre difficulté à laquelle le Collège a été confronté : la revalorisation de son internat, qui a permis de mettre fin à certains problèmes (détérioration des bâtiments, comportements addictifs), grâce à une reprise en main ferme par la nouvelle direction, mais aussi en améliorant le cadre de vie (accès à l'informatique, renouvellement du mobilier). Une communication plus assidue est aussi établie avec les familles, et un effort devra être accentué pour proposer des activités ludiques aux internes.

Grâce aux équipements sportifs à proximité, les possibilités ne manquent pas : ski, patinoire, équitation, golf, judo, tennis, rugby... Mais aussi soirées promotions (comme la « prom' » américaine) ou sorties shopping à Lyon. « Il nous faut suivre l'élève interne non seulement dans ses manquements mais aussi dans ses idées et ses envies », insiste Fabien Larroque. L'avantage du sport, c'est qu'il « apprend à vivre avec soi et avec les autres ». Car l'enjeu actuel est de taille : « Comment cadrer les élèves dans un environnement ouvert ? Aujourd'hui, beaucoup de parents cherchent justement un cadre pour leurs enfants qui leur permette d'étudier dans de bonnes conditions. »

L'éducation à la non-violence reste le principal fil conducteur du Collège. Fabien Larroque souhaite que l'établissement redevienne un « laboratoire d'expérimentation pédagogique et éducative ». Pour cela, il dispose d'une bonne tradition historique. A la fin des années 1960, se rappelle le Néerlandais Michel Snethlage, ancien élève de 1965 à 1972, « on participait à des manifestations à Saint-Étienne dans le cadre du mouvement contre l'armement nucléaire. C'était l'époque du programme d'armement du général de Gaulle. Profs et élèves partaient manifester ».

Nelson Mandela

Cinquante ans plus tard, et à l'occasion des 70 ans du Collège Cévenol, élèves et professeurs se sont mobilisés pour monter une exposition sur les personnages et associations marquants de la non-violence. Dix-huit panneaux ont ainsi été réalisés dans quatre langues différentes, présentant Ghandi, Martin Luther King, Nelson Mandela, Willie Brandt ou encore Mikaël Gorbatchev. Ils seront exposés lors des festivités des 70 ans à la Pentecôte. Des salles de classe vont être baptisées des noms de ces personnages historiques. Un projet pédagogique passionnant, selon Jean-Henri Teyssier, professeur d'histoire, et surtout indispensable : « L'actualité nous place tous les jours face à des situations de violence, d'où la nécessité absolue d'éduquer à la non-violence. Au-delà des 70 ans, nous voulons nous engager dans une réflexion de longue haleine sur ce sujet. » Un projet ô combien d'avenir.

Marie Lefebvre


Les 70 ans du Collège Cévenol
Du 29 mai au 1er juin
Le Chambon-sur-Lignon

Reforme-Logo.gifN° 3322 - 28 mai 2009

Voir aussi "Histoire"
Voir aussi : "Ils sont tous là"