Du rural à l’international - Histoire

Le Collège Cévenol n'a pas connu Mai 68 car il pratiquait déjà à cette époque une pédagogie visionnaire. Les anciens élèves s'en souviennent encore.

Un Collège en avance sur son temps

Bizarrement, le Collège Cévenol n'a pas vécu Mai 68. Mais pas à cause de son isolement géographique. Tout simplement grâce à ses méthodes pédagogiques bien en avance sur son temps. « Quand André Trocmé et Édouard Theis fondent le Collège en 1938, ils en font dès le départ un établissement mixte ! », rappelle Laurent Pasteur, ancien élève de 1967 à 1969 et président de l'association des anciens élèves. « Dès les années 1940, les élèves sont constitués en délégations, avec des délégués de classe. Ils écrivent eux-mêmes leur propre règlement intérieur. » Autant de revendications étudiantes en 1968 que le Collège Cévenol pratique depuis des décennies. Sans compter qu'il « n'y a pas de marquage au sol entre l'intérieur et l'extérieur du campus. Tout repose sur l'autodiscipline ».

Un autre ancien élève, François Maurice Geoffroy, désormais expatrié en Norvège, scolarisé au Collège de 1965 à 1969, se souvient, lui aussi : avant d'intégrer le Cévenol, il a « dû subir pendant plus de trois années le système autoritaire des lycées d'État de l'époque. Le contraste était fort, j'ai vite compris mon malheur ». Du Cévenol, François Maurice Geoffroy se souvient surtout du « respect mutuel, de la simplicité, de la liberté et de la confiance », qui y régnait. « J'ai découvert l'amitié au-delà des frontières, des couleurs de peau, des croyances et des différences sociales. J'y ai certainement appris, ou renforcé, ce goût d'aller à la rencontre d'autrui, de pouvoir faire des choix, de prendre et assumer mes responsabilités, de cohabiter avec des personnes très différentes. Cela m'a suivi tout au long de ma vie. »

Pèlerinage

François Maurice Geoffroy a depuis développé une carrière d'éducateur auprès de jeunes en difficulté, de personnes handicapées ou de réfugiés politiques, et ce dans plusieurs pays d'Europe (Royaume-Uni, Danemark et Norvège). Laurent Pasteur, quant à lui, est devenu un « entrepreneur social ». Il travaille aujourd'hui pour une agence de communication constituée en coopérative qui travaille dans le monde mutualiste. Il est en lien avec d'autres anciens : un responsable local d'Emmaüs, un médecin qui soigne les plus démunis… Ils sont des centaines comme Laurent Pasteur ou François Maurice Geoffroy à se souvenir avec émotion de leurs années « cévenoliennes » et à y revenir cette année, un peu en pèlerinage, pour le week-end de la Pentecôte. Toutes les chambres d'hôtel ou chez l'habitant sont prises d'assaut, la commune augmentant de près d'un tiers sa population pour l'occasion ! Laurent Pasteur parle de « l'attractivité des racines », du fait que les anciens élèves « sont sensibles au fait d'avoir été dans un établissement totalement exceptionnel dans son histoire et sa pédagogie ».

Dans les années 1960, les professeurs étaient surtout recrutés dans les milieux protestants. Ils vivaient sur place et n'hésitaient pas à poursuivre les cours de philosophie ou d'histoire chez eux en début de soirée. Les relations profs-élèves étaient donc exceptionnelles. A son apogée, le Collège a connu une fréquentation de 500 élèves, contre environ 200 aujourd'hui. « Quand on entend parler des difficultés actuelles, on a envie de s'impliquer », affirme Laurent Pasteur. Un peu trop aux yeux du conseil d'administration, d'ailleurs…

Cultes et table-ronde

L'organisation des festivités des 70 ans n'a donc pas été sans heurts. Mais le résultat est un bel exemple de synergie et de concertation. Outre l'exposition sur la non-violence réalisée par les profs et élèves actuels, plusieurs spectacles sont prévus, proposés à la fois par des anciens élèves et des étudiants d'aujourd'hui. Une table ronde sur la non-violence réunira, samedi 30 mai après-midi, Christian Renoux, ancien président du Mouvement International de la Réconciliation (MIR) et actuel président de la Coordination de la décennie pour la paix et la non-violence, et Vincent Roussel, responsable de la revue Non-Violence Actualité. Joignant le geste à la parole, 80 drapeaux des pays les plus représentatifs du Collège orneront l'un des bâtiments, appelé le Bastico.

Sans oublier deux moments de recueillement spirituel, organisés à l'extérieur de l'enceinte du Collège, pour ne pas froisser les sensibilités les plus laïques : un culte le dimanche matin au temple du Chambon, et un autre le lundi matin, dans la localité voisine de Montbuzat. « J'aurai plaisir à participer à ces cultes, affirme Laurent Pasteur, bien que je sois agnostique, cela me rappellera les dimanches matin de mon enfance où j'y allais à pied dans la neige. » Aujourd'hui cependant, rares sont les élèves qui vont encore au culte. « Il y a peu de demande cultuelle chez les élèves », constate le directeur Fabien Larroque. Pour ceux qui sont en quête spirituelle, le pasteur du Chambon anime un atelier tous les lundis soir. Les temps changent, effectivement.

Marie Lefebvre

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N° 3322 - 28 mai 2009

Voir aussi : "Le Collège Cévenol fête ses 70 ans"
Voir aussi : "Ils sont tous là"