394.jpg70 ans du Collège Cévenol

Le Collège Cévenol au Chambon-sur-Lignon fête ses 70 ans le week-end de Pentecôte. Des anciens élèves viendront du monde entier pour participer aux festivités.

Parmi eux, Jean-François Maurice Geoffroy, désormais expatrié en Norvège, nous livre ses souvenirs, à la fois drôles et sérieux.

Quand avez-vous été élève au Collège Cévenol ?

J’ai passé quatre années au Collège Cévenol, de 1965 à 1969. Mais avant cela, j’avais passé deux trimestres en classe de sixième, en 1961 et 1962, je crois. J’étais aux "Heures Claires", que je trouvais triste et sombre, sous la surveillance de Mr. Jacques Lagarde. Ayant le cafard, n’assumant pas vraiment la vie d’internat, trop jeune peut-être, j’avais demandé à mes parents de me retirer à Pâques. Le premier jour de retour au lycée Marceau de Chartres, j’ai pris ma première colle, et ai dû subir plus de trois années le système autoritaire des lycées d’Etat de l’époque. Le contraste était fort, j’ai regretté, du moins, j’ai vite compris mon malheur. A la fin de ma 4ème - le lycée voulait me faire redoubler, pensant que "j’arriverai péniblement jusqu’à la 3ème " – j’ai demandé à mon père de pouvoir retourner au Collège Cévenol. Il a pu m’y envoyer et je lui en serai longuement reconnaissant.

Quels souvenirs gardez-vous de ces années ?

Pour des raisons d’ordre familial, je préfère dire que ces quatre années furent non pas belles et heureuses, mais très enrichissantes. Sur le plan scolaire, j’étais un élève moyen, mais j’y ai retrouvé l’envie d’apprendre, surtout les langues vivantes. Tous les profs de langues étaient formidables. Je remercie particulièrement Tom Johnson, prof d’anglais. Même si j’étais un élève moyen, j’ai eu vraiment du plaisir à suivre les cours de philo de Mr. Bourchem et les cours de français de Mr. Girardin.

Mais c’est surtout sur le plan personnel que j’ai profité de cette expérience unique. Dans un cadre de respect mutuel, de simplicité, de liberté et de confiance. J’y ai découvert l’amitié, au-delà des frontières, des couleurs de peau, des croyances et des différences sociales. Cela m’a suivi tout au long de ma vie. Dans mon travail d’éducateur actuel, à travers mes rencontres avec les gens "différents" - étrangers, réfugiés, multihandicappés, jeunes en quête d’identité, démunis - j’ai souvent pensé au "Collège International pour la Paix" et à la chance que j’ai eu d’y évoluer pendant quatre années. J’y ai vécu des moments mémorables, dont j’aime toujours parler aujourd’hui. J’ai profité plus particulièrement des deux dernières années, où j’ai eu la chance d’être élève-surveillant avec Mr. Sanum comme maître d’internat. La dernière année, j’ai eu le privilège et le plaisir de pouvoir partager une chambre avec Eric Bierens et Stéphane Van Son, chez les Gagnier : une année inoubliable ! J’y ai certainement appris, ou renforcé, ce goût d’aller à la rencontre d’autrui, de pouvoir faire des choix, de prendre et assumer mes responsabilités, d’apprendre à cohabiter avec des personnes très différentes, dans la simplicité et le respect mutuel.

Vos années au Collège Cévenol ont-elles été sérieuses ou légères ?

J’ai beaucoup de souvenirs, certains sérieux, d’autres moins sérieux, et certains même pas du tout sérieux. Dans le sérieux : l’enterrement de Mr Lennhart, directeur, prof, qui a corrigé nos copies quelques jours avant sa mort. C’était ma première confrontation directe avec la mort d’un être proche. Dans le registre moins sérieux, je peux rapidement renvoyer au site "Petites et grandes histoires du collège" collegecevenol.pasteur.ch

Je me souviens surtout de la bataille au yaourt à Luquet, du sermon de Mr. Schwartz qui l’a suivi et la réaction d’Éric.

En classe de première, j’ai suivi un certain cours d’anglais avec Miss Maber. J’ai presque un peu honte de ce qui suit. Stéphane et moi avions fait un exposé en anglais, bien entendu, sur un sujet de pure imagination, "la Palombie", un pays qui n’existait pas. Nous avions présenté, photos a l’appui, des faits complètement dérisoires. Nous avions affirmé - photo d’un volcan vu du ciel a l’appui - qu’au centre même de la Palombie, l’équateur prenait sa source. Nous avions travaillé dur tout un week-end. Il y avait même des Américains dans la classe qui ont marché les cinq premières minutes. Nous avons eu une très bonne note, Miss Maber a emprunté toute notre documentation pour en savoir plus. Mais déçue, elle nous a rendu toutes les revues utilisées, en nous disant ne rien avoir vu sur la Palombie. Encore une fois, ce n’était pas fait méchamment, jamais je n’aurais cru que l’on puisse nous prendre au sérieux aussi longtemps. J’ai beaucoup perfectionné mon anglais avec Mrs Maber, et je lui en suis reconnaissant, elle était adorable!

Que pensez-vous du Collège Cévenol aujourd’hui ?

Je suis convaincu qu’il est possible et nécessaire d’avoir un établissement qui puisse perpétuer les valeurs fondamentales du Collège que j’ai connu. Le monde dans lequel nous vivons en a besoin. S’il y a des difficultés, il y a de grandes possibilités, j’en suis persuadé.

Qu’attendez-vous de la fête des 70 ans à la Pentecôte cette année ?

J’y viens avant tout, en toute simplicité, pour retrouver et partager pendant deux jours quelques souvenirs dans le cadre même où nous les avons vécus, avec des anciens élèves et les profs qui ont enrichi ma vie. J’ai cependant le grand regret de ne pas pouvoir revoir Tom Johnson, qui nous a quittés depuis. Il était un des premiers que je désirais rencontrer. Si je devais symboliser par une personne ce que le Collège a été pour moi, ce serai lui. Il y a eu certes d’autres fortes personnalités. Mais Tom, c’était l’ouverture d’esprit, la gentillesse, ce côté international, l’humour, un air de liberté, qui m’ont inspiré tout au long de la vie... Je suis certain que toutes celles et ceux qui viendront viendront avant tout comme moi pour partager deux journées avec des amis qui ont eu la chance de pouvoir cohabiter et vivre une ou plusieurs années dans ce cadre unique qu’était le Collège. Je parle de ceux qui ont été élèves avant moi, comme moi, et quelques années après. Pour les autres je ne sais pas, mais serai heureux de les écouter.

Propos recueillis par e-mail par Marie Lefebvre-Billiez

Reforme-Logo.gifSur le web le 27 mai 2009
Voir aussi : "Le Collège Cévenol fête ses 70 ans"
Voir aussi "Histoire"