INTERVENTION LIMINAIRE DE L’AACC AU NOM DE SON CONSEIL D’ADMINISTRATION, UNANIME.

Nous sommes tous ici réunis aujourd’hui parce que chacun d’entre nous est, avant toute autre considération, soucieux de contribuer à élaborer en commun des solutions pérennes permettant au Collège de poursuivre son activité. Parce que nous avons une égale conscience des risques absurdes qu’il y aurait à laisser nos énergies s’installer en opposition au lieu de s’additionner.

Nous sommes convaincus que nous nous sentons tous totalement responsables des difficultés que nous avons rencontrées à travailler ensemble. Soyons clair : l’AACC convient sans équivoque de sa totale coresponsabilité dans tous les griefs et tensions qui ont tristement illustrés cette année et qui se sont encore accrus depuis le mois de septembre.

Et nous ferons tout, tous ensemble nous n’en doutons pas, en sorte que les conclusions de cette journée soient une victoire partagée par tous et en aucun cas l’échec de l’un ou l’autre d’entre nous. Car celui-ci serait forcement l’échec de tous.


Depuis un an, l’AACC a piloté une dynamique de rassemblement en faveur du Collège Cévenol. Au-delà de la thématique initiale du rassemblement de la Pentecôte, une préoccupation sur le devenir même du Collège Cévenol s’est fortement exprimée chez un grand nombre d’anciens. Parmi eux, certains découvraient les difficultés actuelles et d’autres, les connaissant, témoignaient des difficultés qu’ils avaient eut en tentant de proposer leur analyse, d’apporter leur expertise ou de donner de leur temps à l’AUCC.

Notre conseil d’administration, confronté à une somme d’observations extrêmement critiques et parfois violentes à l’égard du Collège a tenté de faire la part des choses et d’élaborer une méthode de travail en rapport avec ce ressenti.


La libre parole et la communication ont tenu une place essentielle dans notre approche et ont apparemment heurté certains membres de l’AUCC.

Ensuite, notre perception de l’urgence, nos pratiques, issues du monde du travail et des entreprises plutôt que de celui des grandes administrations et des concertations dans l’église, nous ont fait adopter un rythme qui a également tendu à bouleverser les pratiques en usage au sein de l’AUCC.

Nos premiers interlocuteurs ont naturellement été les représentants de l’AUCC. A commencer par sa présidente. Puis le bureau. Puis chacun des administrateurs. Au fur et à mesure de l’expression de nos points de vue nous avons constaté qu’ils ne recueillaient pas leur assentiment. Nous avons aussi constaté que loin de pouvoir bénéficier d’une contre argumentation susceptible de nous associer à leur analyse et aux choix qui en découlaient, le déni, le refus d’écoute, puis le rejet ont été leurs seules réponses. C’est en tout cas ce que nous avons fortement ressenti.

Nous avons donc élargi nos consultations.

On nous disait que la commune avait abandonné le Collège ? Nous avons rencontré les représentants de la commune. Puis ceux des communes avoisinantes. Et entendu l’avis des élus de la région et celui des représentants départementaux de l’état.

On nous disait que la Fédération protestante était indifférente à son devenir ? Nous avons rencontré ses représentants nationaux. Et également ceux du Conseil Scolaire et de la Fédération Protestante de l’Enseignement.

C’est ainsi que nous avons poursuivi notre appréhension de la perception des uns et des autres à propos de la situation du Collège Cévenol. Avec les membres de droit, comme le MIR et les Amis Américains, avec des interlocuteurs majeurs comme l’Académie et le Rectorat. Avec d’anciens administrateurs. Avec d’anciens présidents de l’AUCC et aussi d’anciens directeurs du Collège. Avec les membres actuels de la communauté du Collège : directeur, cadres, employés, éducateurs, enseignants, élèves, parents d’élèves. Nous avons aussi rencontré les représentants départementaux et nationaux des parents d’élèves, ceux de l’enseignement privé comme ceux de l’enseignement public. Nous avons entendu des acteurs nationaux susceptibles de porter un avis, voire un jour de le transformer en soutien : Ligue de l’Enseignement, dirigeants de lycée expérimentaux, dirigeants de lycée internationaux, en France et à l’étranger, animateurs d’associations et d’initiatives en rapport avec l’éducation à la non-violence, etc.… Enfin, bien sur, nous avons entendu toutes les contributions spontanées qui nous sont parvenues sans qu’elles aient eues besoin d’être sollicitées.

De tout cela nous avons été assez édifiés. La somme des observations recueillies, si souvent lapidaires ou désespérées, étaient bien plus convergentes que nous ne le pensions. Pour autant, nous avons constaté aussi combien ces fortes récriminations étaient individualisées et dispersées, souvent approximatives ou mal fondées par défaut d’information ou d’analyse, et souvent sans proposition alternative.

De tout cela nous n’avons pas été pour autant abusés. Car quels que soient les ressentiments de beaucoup, le Collège a, lui, continué à être gérer malgré la tourmente de ses difficultés et avec un résultat incontestable : il est toujours là ! Dire et redire encore aujourd’hui que les administrateurs actuels du Collège, et avec eux le Collège tout entier, ont témoigné d’un dévouement remarquable pendant toutes ces années, ce n’est pas une simple formule de style pour faire plaisir. C’est une reconnaissance formelle du mérite individuel de chacun et ce, quelles que soient les observations contradictoires que l’on peut avoir à formuler par ailleurs.

De tout cela nous nous sommes pourtant également réjouis. Car le pire eut été l’indifférence, le renoncement assumé, la page définitivement tournée sur tout espoir de renouveau. Encore fallait-il nous mettre en mesure de proposer une analyse contradictoire des finances, élaborer une méthode et les pistes d’un projet plus ambitieux, convenir d’une gouvernance plus adaptée.

Nous l’avons entrepris. Nous avons soumis nos analyses financières à des financiers expérimentés, nos projets éducatifs à des éducateurs reconnus, nos interrogations structurelles à des experts qualifiés. Nous avons élaboré les bases de notre réflexion à un rythme soutenu et sommes maintenant en mesure de poser les termes d’une alternative à l’horizon de la rentrée de septembre 2010. Et donc d’inscrire celle-ci dans le cadre d’une orientation générale qu’il faudra adopter en février prochain.

Nous l’avons fait en toute transparence, chacun de nos conseils étant ouverts à la présence de tout adhérent et chacune de nos commissions à toute personne souhaitant s’y intégrer.

Parallèlement nous avons mené un grand nombre d’initiatives qui nous semblaient résulter de nos prérogatives et soumis celles-ci au Collège quand elles nous apparaissaient devoir l’impliquer. Jamais nous n’avons remis en cause la légitimé des structures de fonctionnement de l’AUCC et du Collège Cévenol. Des erreurs, sans doute, ont été commises, elles peuvent (ou auraient pu) être aisément corrigées par un échange approprié, qui s’est d’ailleurs parfois produit. Si des divergences de vue sont apparues, elles résultent de l’implication naturelle de chacun dans son rôle : administrer le Collège pour les uns ; en demander raison pour les autres. Enfin, toutes les observations émises sur la qualité même du travail accompli n’a jamais impliqué qui que soit en tant qu’individu, mais toujours et uniquement le seul exercice de sa fonction. Quand aux observations faites au CA lui-même en tant que membre de droit, nous n’oublions jamais que nous en sommes parties prenantes et donc coresponsables de tout ce qui a été fait en son nom collectif. Y compris quand nous le critiquons.

Cette dynamique n’a pas eu pour seul effet de rassembler des anciens jusque là trop éloignés. Elle a aussi contribué à mobiliser d’autres acteurs essentiels à la survie du Collège Cévenol, à commencer par les parties prenantes de cette réunion : la Fédération Protestante, la Mairie du Chambon sur Lignon, l’Association des Parents d’Elèves. A les sortir de leur réserve, réserve terriblement vécue par le Collège Cévenol comme une marque d’abandon.

Pour autant, force nous a été de constater que nos efforts ont été vécus par le Conseil d’administration comme des intrusions illégitimes dans les affaires du Collège Cévenol, que nos communications ont été jugées dénigrantes, nos observations insultantes, nos actions sournoises et nos publications déstabilisantes.

Ce climat a rendu difficile le travail du Conseil d’administration de l’AUCC et vain celui de l’AACC. Il était urgent et raisonnable de s’employer à y mettre un terme. La réunion de Lyon est en cela une occasion de plus pour y parvenir.

Oui, nous sommes arrivés, au stade où nous en sommes, à des conclusions sévères. A savoir que nous considérons :

  • que la situation financière du Collège Cévenol est depuis plusieurs années au-delà du désastre et que seul un sursaut d'une ampleur bien supérieure à ce qui est tenté aujourd’hui peut le sauver ;

  • qu’un tel sursaut n'est envisageable qu'en s'appuyant sur un projet de qualité professionnelle susceptible de redonner confiance aux financeurs possibles et au marché. Un tel projet n'a toujours pas été produit par le Collège Cévenol ;

  • que la mauvaise appréciation de cette situation et le niveau de réponses qui y est apporté conduit à s’interroger sur nos modes de gouvernance et le niveau de compétence de notre CA actuel. Celui-ci n’a jusqu’alors pas témoigné de sa capacité à faire face aux enjeux.

Rien ne prouve pour autant que nous ayons raison - il ne s’agit d’ailleurs certainement pas, in fine, que les uns aient raison contre les autres. Ce qui, en revanche, est assuré c’est que l’inquiétude née de cette perception, aussi injuste serait-elle, est légitime. Il est en effet heureux pour le Collège, et il doit en être fier, de voir tambouriner à sa porte des cohortes d’anciens élèves, professeurs, salariés, administrateurs et simples amis. Ils s’inquiètent, ils font du bruit, ils bousculent... Ils se trompent ? Peut-être, mais ils n’en représentent pas moins un des forces vives du Collège ! Convainquons-les alors de la pertinence des choix que nous allons faire ensemble et le Collège aura à sa disposition un véritable réseau de soutiens actifs essaimant partout à son profit.

Car si nous, l’AACC, n’avons pas convaincu le CA de l’AUCC, force est de constater que celle-ci ne nous a pas convaincu non plus de la pertinence de son action et de ses projets. Pour y parvenir, nous avons donné notre accord à l’AUCC pour travailler de façon conjointe, en groupe mixte, afin d’intégrer les réflexions des uns et des autres, de les partager et de faire en sorte que nous produisions ainsi un projet commun. Empruntons-donc cette voie.

Nous vous proposons aujourd’hui de mettre en œuvre trois groupes de travail.

  • « Situation financière » où nous mettrons à plat tous les éléments comptables et financiers, pour que nous puissions vous faire part de nos sujets de préoccupations et pour que vous puissiez nous expliquer posément ce que nous ne comprenons pas.
  • « Projet » où nous construirons ensemble un projet plus ambitieux et pertinent pour le Collège Cévenol. En intégrant d’une part le travail sur les valeurs et les propositions que vous avez déjà développées et d’autre part une claire orientation susceptible de séduire mécènes et parents d’élèves.
  • « Gouvernance » où nous réfléchirons ensemble sur les pistes structurelles les plus appropriées pour faire face aux enjeux financiers d’une part et à la dynamique de ce projet d’autre part tout en posant bien à plat l’intérêt des tiers extérieurs à l’AUCC, non pour leur donner satisfaction, mais pour bien apprécier la pertinence de leur apport ou non.

Si nous savons travailler ensemble, si nous sommes capables de dépasser les blessures ressenties par les uns et les autres en 2009, nous saurons nous mettre en situation pour proposer à l’assemblée 2010 une ouverture rassembleuse. Celle-ci sera un temps fort de l’histoire du Collège et il n’appartient qu’a nous, autour de cette table, à en faire une étape de construction positive et non d’y cristalliser des désaccords dont les conséquences seraient dramatiques pour le Collège lui-même.

Fort de celle-ci, l’AUCC pourra mener plus sereinement ses actions et ses missions et l’AACC se consacrer à sa tache naturelle : rassembler et faciliter les échanges et rencontres entre les anciens ; mettre à disposition du Collège leur immense capacité d’initiatives, de compétences et de réseaux ; demeurer le trublion un peu potache mais si fort de sa vitalité, vitalité indispensable au maintien de l’esprit du Collège lui-même.

Le Conseil d'administration de l'AACC : Benoît DANSE, Samuel DEBARD, Francis DEVAL, François HEIZMANN, Françoise LUNG, Alain de MADAILLAN, Roland MAYER, Jean MICALEFF, Frédéric MIGNON, Laurent PASTEUR, Sylvain SORGATO, André SWARTEBROEKX

Cette réunion a eu lieu à Lyon, samedi 19 décembre 2009, 10h/17h Conseil régional de l'Eglise réformée de France, 3 rue du Garet à Lyon Avec la participation de : • Fédération Protestante Française • Conseil d’administration de l’AUCC • Mairie du Chambon sur Lignon • Association des Parents d’élèves du Collège Cévenol • Association des Anciens du Collège Cévenol

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