Le Progrès

Au Chambon-sur-Lignon, le collège-lycée, historiquement lié au protestantisme, propose un accompagnement éducatif propre à redonner confiance à l'élève


« Au Cévenol, j'ai retrouvé ce plaisir d'aller à l'école grâce à des professeurs qui m'ont redonné confiance en moi. Lorsque vous arrivez en retard à un cours, ici, on ne vous envoie pas passer la fin de l'heure en permanence. Le professeur vous invite à entrer en disant : votre présence est indispensable au bon déroulement de mon cours. »

Alexandrine est interne, depuis deux ans, au lycée international Cévenol du Chambon-sur-Lignon. Cette lumineuse jeune fille, dont le visage s'anime et les mains papillonnent dès qu'elle prend la parole, se destine au métier d'avocate. Et ces derniers jours, à l'occasion des réunions orchestrées par l'Église réformée, menées par le pasteur du Chambon-sur-Lignon, Andreas Braun, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a livré un plaidoyer drôlement convaincant pour ce Cévenol qui ne demande qu'à voir son nombre d'élèves s'étoffer.

Elle raconte : « Je suis Franco-Américaine. De la sixième à la quatrième, je vivais aux États-Unis. À mon retour en France, j'ai intégré un établissement à Paris et tout s'est mal passé. J'ai été en butte au racisme, j'ai vécu l'exclusion. » La bonne élève qu'était Alexandrine a perdu pied. « J'ai redoublé la seconde. J'ai même arrêté pendant quatre mois d'aller en cours. J'ai fini à 4 de moyenne. »

Aujourd'hui, Alexandrine confie sa fierté d'être devenue une élève brillante, à la motivation sans faille. « Je suis en terminale, j'ai 14,46 de moyenne. J'ai appris les valeurs du Cévenol où chacun respecte votre différence. Le racisme est absent. Les professeurs ne vous rabaissent pas. Ils vous donnent envie de travailler. Le côté familial du Cévenol vous permet de bien vivre l'éloignement d'avec votre propre famille. »

Aussi, à quelques semaines de l'envol, Alexandrine s'avoue sereine. « Cette envie de travailler et d'aller à la rencontre de l'autre vous motivent à aller voir ailleurs. La confiance que vous acquérez ici, elle vous pousse à partir faire des études. »

À quelques chaises de là, Fabien Larroque, directeur (sur le départ) du Cévenol, boit du petit-lait. « Le Cévenol, c'est une alchimie pas évidente à expliquer, mais qui fonctionne. On devient très vite un Cévenolien. Moi qui ai été en fonction dans d'autres lycées, ce qui m'a sans doute le plus frappé en découvrant le Cévenol, c'est cette dévotion que certains professeurs ont à vouloir que leurs élèves réussissent. » Le directeur enchaîne : « Pour résumer, lorsque je reçois un candidat à l'inscription au Cévenol, je m'intéresse d'abord au potentiel humain avant de regarder les résultats. »

Et le pasteur Andreas Braun de lancer. « On retrouve bien là la filiation avec les valeurs du protestantisme qui ont servi de socle à sa création en 1938. »

Fabienne Mercier - Le Progrès 12 juin 2010

Le collège-lycée international cévenol du Chambon-sur-Lignon est un établissement privé sous contrat. Il accueille de la quatrième à la terminale 180 élèves, dont une soixantaine viennent de Haute-Loire, essentiellement du plateau Vivarais-Lignon. Trente-six professeurs y officient. L'établissement est installé sur un campus de15 hectares dans un espace boisé. Sa force, c'est un internat à l'année. Une trentaine de nationalités se côtoient. Des échanges internationaux, court (deux semaines) et long (cinq semaines), jalonnent la scolarité, en lien avec cinq lycées en Allemagne, Espagne, Italie, République tchèque, USA. Des ateliers et sections diverses sont proposés : rugby, judo, vidéo, art dramatique.
Plus d'infos sur www.lecevenol.org