« Il faut sortir le collège Cévenol de l’ornière »

Claude Le Vu et Jean-Michel Hieaux, président et vice-président du conseil d’administration du Collège Cévenol, répondent à nos questions sur l’établissement chambonnais.

Le collège et lycée international Cévenol a connu ces dernières années une histoire mouvementée. Un refus de certification des comptes par le commissaire aux comptes, des effectifs en baisse constante et un plan social ont été quelques-uns des événements qui ont entaché l’attractivité de l’établissement et écorné l’image d’Epinal qui avait jusqu’alors contribué à la renommée de ce collège unique en son genre. Certes, le bateau a pris l’eau et tout n’est pas encore réglé mais le nouveau capitaine et l’équipage, arrivés avec le renouvellement d’une partie du conseil d’administration, tendent à démontrer que les manœuvres à la barre éloignent la structure des récifs d’un échouage redouté… Entretien avec Claude Le Vu et Jean-Michel Hieaux, président et vice-président du conseil d’administration, qui expliquent les nouvelles directions à prendre.

Vous êtes des anciens du Cévenol, pour quelles raisons avez vous pris la direction du Conseil d’administration ?

Claude Le Vu (CLV) : J’ai passé mon enfance au Chambon, je suis devenu dirigeant de PMI et manager de transition pour les structures en difficulté. Je suis de longue date dans le CA mais j’en avais toujours refusé la direction jusqu’à il y a six mois. J’ai vécu au collège des moments tellement forts qui m’ont permis de me construire qu’il était impossible pour moi de laisser mourir l’établissement. Il faut sortir le collège de l’ornière.

Jean-Michel Hieaux (JMH) : Je dirige un groupe de communication et j’ai souhaité aider Claude dans cette volonté de redresser la barre et redonner un rayonnement au collège.

Quels sont vos points d’appui pour mener à bien ce redressement ?

CLV : Si en termes de gestion, la situation s’est dégradée au point de devenir délicate, il n’y a aucune perte des valeurs qui forgent l’identité du collège. Donner la possibilité aux enfants du Plateau d’aller dans le secondaire sans s’expatrier, le respect de l’autre, le sens des responsabilités, etc.… sont toujours présents.

JMH : La volonté d’échanges interculturels, de tolérance est dans les gènes des personnes qui évoluent au Cévenol, nous le voyons bien au CA. De plus, le village, par son histoire, partage les mêmes valeurs.

Le 70e anniversaire et l’implication très forte des Anciens ont-ils joué un rôle dans ce désir de redresser le collège ?

CLV : Peut-être celui de détonateur mais il est difficile de le confirmer…

Sur quels axes allez vous faire porter votre politique de redressement ?

JMH : Je crois que l’individualisme croissant de notre société rend attractif une école d’acceptation de la différence et c’est là dessus qu’il faut jouer. La tolérance, l’acceptation de l’autre, le fait que le collège soit multiculturel, multiconfessionnel, multiactivités doivent être mis en relief par un recrutement pédagogique recentré sur ces valeurs. De plus, beaucoup de parents ignorent les forces de ce collège. CLV : Nous allons travailler sur plusieurs axes et d’abord sur la dénomination ‘international’ ce qui veut dire, premièrement, renforcer l’étude des langues. Ensuite, intensifier les échanges avec des établissements d’autres pays, ce qui se traduit par le fait de passer des 20 % actuels à 50 % d’élèves du Cévenol qui partent à l’étranger. Nous allons multiplier les accords avec de nombreux pays et allonger la durée de l’échange en cours d’année. Troisièmement, il s’agit de donner des diplômes à caractère international. Cette notion de brassage de cultures est des plus importantes. Trente nationalités fréquentent le collège et je vous assure qu’au sortir du Cévenol, la couleur de la peau n’est pas un sujet de réflexion…

D’autres pistes… ?

CLV : La mixité sociale doit être accentuée. Certes, notre internat est cher et nous n’avons aujourd’hui pas les moyens financiers d’offrir des bourses mais le dossier sur l’internat d’excellence, s’il était validé, nous aiderait dans cet objectif. Une autre piste de travail est relative au sport. Le judo, le tennis et bientôt le rugby sont pratiqués dans des relations de partenariat avec des associations locales. La tradition sportive est importante au Cévenol avec des équipes qui ont brillé par le passé. Enfin, les aspects culturels constituent notre dernier levier pour ce redressement. Ce levier est en phase avec ce qui se passe sur le Plateau, ce bouillonnement culturel d’exception.

Vous évoquiez le projet d’internat d’excellence….

CLV : Avant toute chose, il me faut rendre hommage à la mobilisation exceptionnelle de Fabien Laroque, l’ancien directeur, et de tout le personnel de l’établissement qui se sont battus pour que le dossier soit prêt dans les temps. Ce type d’internat vise à permettre à des élèves motivés mais qui n’ont pas un environnement social favorable, de réussir leurs études. Nous avons déposé un dossier qui comprenait un cahier des charges très dense mais qui correspond aux valeurs naturelles et historiques du Cévenol. Nous attendons la réponse pour l’automne et, s’il était validé, cette mention serait valable pour la rentrée 2011.

Concrètement, quel est l’attrait ?

CLV : Une enveloppe globale de 200 millions d’euros est réservée à ce type d’établissement par l’état et une aide individuelle par élève est également attribuée. Attention, au-delà de l’aspect financier, c’est surtout une reconnaissance qui accompagnerait notre redressement. Je tiens d’ailleurs à souligner le profond soutien obtenu par le rectorat et par Eliane et Laurent Wauquiez sur ce dossier.

Quels effectifs attendez-vous pour la rentrée ?

CLV : L’aspect international du collège empêche de donner un chiffre à cause des demandes de visas en attente pour beaucoup de nos élèves…

Il est cependant indéniable que les effectifs sont à la baisse chaque année…

CLV : C’est évident depuis plusieurs années. Notre but est de très vite stabiliser cet effectif avant de le relancer.

On évoque souvent une hémorragie des jeunes originaires du Plateau…

CLV : La concurrence d’établissements comme Léonard de Vinci à Monistrol ou le lycée du Cheylard a été lourde de conséquences mais c’est à nous de reconquérir les familles du Plateau.

Quelle échéance vous êtes vous fixés pour redresser le collège, compte tenu, je le suppose, d’une «pression» de vos créanciers… ?

CLV : Il est absolument faux d’imaginer une pression de nos créanciers. Un plan de restructuration a été lancé qui va faire diminuer nos coûts de fonctionnement. Nous recherchons activement de nouveaux partenaires et nous avons obtenu un prêt bancaire conséquent. Certes, tout n’est pas réglé et il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers mais des mesures ont été prises et la pression n’existe pas.

Combien de personnels sont touchés par votre plan de restructuration ?

CLV : Il est difficile de vous le dire car sur nos 32 salariés, le nombre de départs volontaires est significatif. Ce plan n’est qu’un des aspects de notre volonté de redonner son rayonnement au Collège Cévenol et j’ai bon espoir que tout ce qui est mis en œuvre aboutisse.



De nouveaux noms dans l’organigramme

Le Cévenol a renouvelé une partie de son conseil d’administration. Les nouveaux venus sont Claude Le Vu, président, Jean Michel Hieaux, vice président, Jean Marc Schmidt, gestionnaire d’entreprise, qui prend le poste de trésorier, Laurent Tournaire, dirigeant d’établissement supérieur, administrateur au CA, André Gast, avocat, administrateur, tous étant des anciens du Collège. S’ajoute Albert Muñoz, proviseur du lycée parisien Charlemagne, et administrateur dans le CA, qui n’a pas fait sa scolarité au Cévenol. Enfin, cette rentrée se fait sous la direction de Philippe Bauwens, qui remplace Fabien Laroque. Claude Le Vu (à g) et Jean Michel Hieaux, président et vice président du conseil d’administration du collège Cévenol. Un collège qui veut retrouver son rayonnement entre autres à travers le sport.


Yvon Soulas © La Gazette du jeudi 2 septembre 2010