POUR LE COLLEGE CEVENOL

luc-ferry.jpgLorsque Jean-Michel Hieaux* est venu me voir pour me parler de « son » collège, le Collège Cévenol, j’en avais déjà entendu parler : je m’étais intéressé, en effet, lorsque j’étais ministre de l’éducation, aux institutions qui cherchaient à sortir des sentiers battus pour offrir aux jeunes des voies nouvelles vers la réussite. « Humanisme et tolérance », la devise de cet établissement ne pouvait du reste pas me laisser indifférent. De toute évidence, notre vie collective a besoin de grands projets susceptibles d’améliorer nos situations de vie et, le plus souvent, ce n’est pas dans la quête d’un « ailleurs absolu » qu’il nous faut œuvrer, mais plutôt, dans le cadre existant, en inventant des pratiques nouvelles, en découvrant sur le terrain des solutions inédites. Or, s’il est une idée qu’on ne peut se résigner à voir constamment bafouée, c’est bien celle d’égalité des chances. Non seulement nous sommes fort loin de l’avoir encore réalisée, mais à certains égards, comme le montrent nombre d’enquêtes consacrées à notre système scolaire, nous nous en éloignons – ce qui tend à corrompre toutes les autres valeurs républicaines auxquelles nous sommes légitimement attachés. Comment prôner l’autorité des institutions lorsqu’elles apparaissent comme des paravents de l’inégalité, pour ne pas dire des « appareils idéologiques d’Etat » ? Comment faire respecter les agents de nos services publics s’ils deviennent le symbole d’une république purement formelle qui cache la montée de communautarismes et de ghettos de toute nature ? Le sentiment s’insinue peu à peu que l’existence n’offre plus de nouvelles chances de rebondir une fois que l’échec s’empare de vous. Pas de possibilité de bifurquer, de recommencer, d’explorer d’autres horizons, mais au contraire une logique en entonnoir où l’existence semble un long canal dont il est impossible de s’évader dès lors qu’on a commencé à y tracer sa route…ou qu’on l'a quittée un instant. C’est contre ce renoncement que le Collège Cévenol entend lutter.

Outre le cadre magnifique qui lui sert d’écrin, trois principes fondamentaux qui l’animent me semblent particulièrement importants et bienvenus.

D’abord, c’est l’idée universaliste qui est au cœur de son projet pédagogique. C’est un collège ouvertement « transclasses-sociales, transfrontières et transreligions », un établissement qui parie résolument sur l’enrichissement par la diversité.

C’est ensuite la conviction que l’enseignement ne va pas sans l’éducation. Si cette dernière revient bien sûr, pour l’essentiel, aux familles, on ne doit pas pour autant s’en désintéresser au sein d’un établissement d’enseignement qui entend donner aux jeunes une formation plus large que celle qui se limiterait aux seules disciplines académiques.

Enfin, c’est aussi l’insistance mise sur la pédagogie du projet qui me paraît capitale. Car c’est par le projet qu’on donne du sens aux connaissances qui, sans cela, risquent toujours de paraître dépourvues de finalité réellement utile pour l’existence humaine.

Pour toutes ces raisons, le Collège Cévenol doit conserver une place de choix à préserver dans l’ensemble d’un système éducatif traditionnel qu’il contribue puissamment à enrichir.

Luc Ferry, ancien ministre de l’Education nationale

*Témoignage de soutien recueilli par Jean Michel Hieaux, ancien élève et vice-président du Collège Cévenol