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Le Collège Cévenol a toujours son avenir entre les mains

Redoubler d’efforts

Claude Le Vu Le président de l’Association unifiée du collège Cévenol, invite chacun à se retrousser les manches : « Nous devons redoubler d’efforts pour que le regain de recrutement constaté lors de la dernière rentrée s’amplifie. »

L'Association unifiée du Collège Cévenol (AUCC) rassemble ses forces pour rénover l’établissement, ébranlé après le meurtre d’Agnès Marin.

« On a besoin de 2 millions d’euros », lance Jean-Michel Hieaux, vice-président du conseil d’administration de l’Association unifiée du Collège Cévenol (AUCC).
L’homme, connu dans le monde de la publicité, ne fait pas mystère de son attachement viscéral au Cévenol. Et il libère son émotion . Il prend la parole une fois que Claude Le Vu, le président de l’AUCC, a livré la conclusion du rapport, tout juste connu, des deux inspecteurs généraux venus passer au peigne f in le collège, après le meurtre d’Agnès Marin.

Huit départs et cinq arrivées depuis le drame

L’établissement est invité, pendant l’année scolaire en cours et lors de la prochaine, à remettre à plat son fonctionnement pour le rénover durablement, dans le prolongement du grand chantier de transformation lancé en 2011 sous le vocable « Cévenol ’up ». Une nouvelle inspection viendra alors s’assurer de son aboutissement.
Claude Le Vu, le président de l’AUCC, n’élude pas les craintes de la communauté cévenolienne depuis l ’affaire Agnès Marin. L’établissement a perdu huit élèves suite au drame. Mais cinq nouveaux sont arrivés depuis, et deux sont attendus à la rentrée des vacances de février.
Jean-Michel Hieaux détaille : « Il faut remettre aux normes et améliorer le confort des bâtiments, renforcer et professionnaliser l’encadrement. Certes, la collecte de la taxe professionnelle a été bonne sur l’exercice écoulé, passant de 19 000 à 97 000 euros. Et la collecte en cours s ’annonce encore plus favorable. De même, le nombre des donateurs a encore grimpé. Mais cela ne suffira pas. »
Aussi, il s’apprête à faire jouer son carnet d’adresses et à prendre son bâton de pèlerin : « Nous devons convaincre de grandes familles protestantes et juives et des chefs d’entreprises de nous aider à passer ce cap, peut -être par des dons, mais plus vraisemblablement par des prêts à taux zéro. »
II assène : « On ne peut plus se contenter de rêver sur les valeurs du Cévenol. Notre caractère, ce sont nos valeurs, c’est acquis. Nous avons vocation à donner sa chance à chaque jeune. Pour cela, i l ne faut pas hésiter à remettre en place de la discipline. »

Le soutien de Luc Ferry au collège

Les familles ont reçu, avec les documents habituels marquant la fin du trimestre, un long courrier du philosophe et ancien ministre de l’Éducation nationale, exprimant son soutien au collège.
« S’il est une idée qu’on ne peut se résigner à voir constamment bafouée, c’est bien celle d’égalité des chances. Non seulement nous sommes fort loin de l’avoir encore réalisée mais, à certains égards, nous nous en éloignons. Comment prôner l’autorité des institutions lorsqu’elles apparaissent comme des paravents de l’inégalité, pour ne pas dire des « appareils idéologiques de l’État » ? Pas de possibilité de bifurquer, de recommencer, d’explorer d’autres horizons, mais au contraire une logique en entonnoir, où l’existence semble un long canal dont il est impossible de s’évader dès lors qu’on a commencé à y tracer sa route… ou qu’on l’a quittée un instant. C’est contre ce renoncement que le Collège Cévenol entend lutter. Outre le cadre magnifique qui lui sert d’écrin, trois principes fondamentaux qui l’animent me semblent particulièrement importants.
D’abord, c’est l’idée universaliste qui est au cœur de son projet pédagogique. C’est un collège ouvertement « transclasses sociales, transfrontières et transreligions », un établissement qui parie résolument sur l’enrichissement par la diversité. C’est ensuite la conviction que l’enseignement ne va pas sans l’éducation. Enfin, c’est aussi l’insistance mise sur la pédagogie du projet qui me paraît capitale. Pour toutes ces raisons, le collège Cévenol doit conserver une place de choix à préserver dans l’ensemble d’un système éducatif traditionnel qu’il contribue puissamment à enrichir. »

Le directeur fait valoir ses droits à la retraite

Philippe Bauwens, directeur du Cévenol depuis la rentrée 2010-2011, s’est trouvé en première ligne lors de l’affaire Agnès. Il vient d’annoncer qu’il bouclerait cette année scolaire, restant en poste jusqu’au 31 août. Mais, à 63 ans, il fera valoir ses droits à la retraite au 1er octobre.

Les anciens du collège se mobilisent

Afin d’améliorer la trésorerie de l’établissement, l’Association des anciens élèves du collège Cévenol (AACC) a imaginé un dispositif. Laurent Pasteur, le président de l’AACC, s’en est fait le porte - parole : « Nous proposons de racheter la maison Jim Bean. Ce pavillon, doté de quatre chambres à l’étage, situé dans le parc à l’entrée du collège, est sans usage scolaire. L’AUCC vendrait ce bien à une SCI constituée avec toutes les personnes intéressées par l’acquisition d’une part, pour 100, 500 ou 1 000 euros, rien n’est encore arrêté… Cet te vente, qui pourrait se faire sur une base de 100 000 euros, serait assortie d’une clause de réméré. »
Le réméré, c’est le droit pour le vendeur de racheter à tout moment (dans un délai de cinq ans maximum) le bien vendu, moyennant la restitution du prix principal, le remboursement des frais de vente, des coûts d’entretien et de réparation, ainsi que des travaux ayant augmenté la valeur du bien. Pendant ce temps, l’association des anciens en assurerait la gestion. Le bien pourrait, après rénovation, devenir une maison d’hôte au sein du collège.
Les associés de la SCI s’engageraient aussi à immobiliser leur capital sur une certaine durée. Le prix de cession serait défini de telle sorte qu’en cas d’impossibilité pour le Collège de retrouver une situation financière saine, les associés n’aient pas pris de risque.
En clair, si l ’avenir du collège devait être compromis, qu’ils soient certain de récupérer leur placement initial.

Fabienne Mercier © Le Progrès