3486.jpgAlors que les écoles « historiques » se sont faites rares, des établissements évangéliques se développent et proposent d’intégrer la Bible dans leur cursus.

Depuis la loi instituant l’école gratuite, laïque et obligatoire  et la remise du réseau d’écoles confessionnelles protestantes à la République, seuls trois établissements sont sous contrat avec l’État et membres du Conseil scolaire de la Fédération protestante de France : le Collège Cévenol du Chambon, le Gymnase à Strasbourg et l’école Bernard-Palissy en région parisienne. « Ce n’est pas dans la culture protestante de créer des établissements confessionnels ou de faire du prosélytisme, assure Guy Mielcarek, secrétaire général du Conseil scolaire. L’appartenance à une religion ne doit pas s’afficher. » En tant que proviseur du Gymnase Lucie-Berger et Jean-Sturm à Strasbourg, Guy Mielcarek rappelle que si cette école jouit d’une certaine visibilité c’est en raison de la qualité de ses enseignements et de l’excellence de ses résultats, et non pour sa connotation protestante. « L’enseignement protestant dans notre établissement, c’est 0,12 % du programme sous contrat. Nous proposons certes une heure de culture religieuse par semaine qui donne un éclairage sur le monde d’aujourd’hui, mais elle ne prend pas systématiquement la Bible comme référence. Notre charte de fonctionnement s’appuie sur des valeurs d’humanisme partagées par tout démocrate réfléchi vivant en République. » Face à l’émergence d’établissements scolaires protestants évangéliques, le responsable s’avoue sceptique : « Ces écoles se créent sur des bases confessionnelles très affirmées que nous ne partageons pas. N’ayant pas obtenu le label sous contrat, il nous est impossible de les accueillir au sein du Conseil scolaire, ni même en tant que membre invité. »

Une situation qui étonne Luc Bussière, directeur et cofondateur de l’établissement scolaire privé Daniel à Guebwiller dont l’école était pourtant membre invité il y a quelques années. « Nous aimerions vraiment participer à cette plate-forme commune. Je vois dans cette porte fermée une méconnaissance totale de nos programmes et de notre charte qui n’a rien de commun avec la position américaine créationniste fondamentaliste. Mais il est vrai qu’à nos yeux la Bible est un socle de valeurs essentielles, non seulement pour un cours de religion, mais aussi pour tous les domaines de la vie. Nous enseignons une autre alternative à l’évolutionnisme et insistons sur la notion de Dieu créateur. »

Luc Bussière, également président de l’Association des établissements scolaires protestants évangéliques francophones (AESPEF), rappelle que l’école Daniel est née en 1986 grâce à la volonté d’un groupe de parents soucieux d’établir une cohérence entre leur foi vécue à la maison, à l’église et à l’école. À l’en croire, si de plus en plus de parents optent pour ce schéma scolaire, c’est parce qu’ils ne trouvent pas leur compte dans les écoles publiques ou privées. Pour autant, le directeur ramène « l’explosion » d’écoles évangéliques à une échelle plus raisonnable, soit 18 établissements au total, la plupart étant des écoles maternelles et primaires. « La Fédération protestante nous voit avec un miroir grossissant, alors que nous ne sommes qu’une poignée. Il y a un tel champ d’action dans ce domaine que nous ne lui faisons pas concurrence. Mais il faut reconnaître que les évangéliques sont en train de reprendre en main un terrain où les protestants ont excellé pendant longtemps. »

Une porte ouverte ?

Si l’on ne peut pas parler d’un raz-de-marée évangélique, certains s’interrogent sur cette croissance de petites structures très prosélytes. À l’instar de Magali Clément, directrice du collège-lycée Bernard-Palissy à Boissy-Saint-Léger dont l’établissement est membre du Conseil scolaire : « Les écoles évangéliques ont, quoi qu’ils en disent, une approche très créationniste, donc extrémiste. Pour l’instant, il n’est pas question de les accueillir, même comme invité. Notre charte est très claire : en tant qu’établissement protestant sous contrat d’association avec l’État, nous sommes tenus d’ouvrir nos établissements à tous, de mettre en place les programmes de l’Éducation nationale et de ne pas faire de prosélytisme. Or ils sont précisément à l’opposé de cette charte. » Et la directrice de souligner qu’au sein de son établissement, le cours « Histoire des religions » est une approche culturelle qui relève du fait religieux et pas du protestantisme en particulier.

Malgré ces réserves, Magali Clément assure que la Fédération protestante a engagé des discussions sur cette question depuis la fin de l’année dernière. « Tout l’enjeu est de savoir quel poids nous aurons par rapport à ces établissements qui explosent un peu partout. La question de l’ouverture vis-à-vis de ces Églises n’est pas réglée d’autant que l’on ne sait pas ce que cela va donner dans le futur. »

Pour Jean-Philippe Lehmann, dont l’école adventiste Maurice-Tièche est membre invité du Conseil scolaire, « les écoles évangéliques ne sont pas une menace. Chacun doit pouvoir y trouver son compte ». Et d’assurer que son école a toutes les chances de décrocher le label sous contrat de l’Éducation nationale grâce à l’appui du Conseil scolaire.


Fanny Bijaoui - Réforme
n° 3486 - 01 novembre 2012

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