3486.jpgDepuis soixante ans et malgré les crises chroniques, les Amis américains du Collège Cévenol œuvrent pour la survie de leur ancien établissement.

Aujourd’hui, ils vivent à New York, à Los Angeles ou au beau milieu du Kansas. Mais il y a dix, vingt ou cinquante ans, chacun et chacune d’entre eux ont traversé l’Atlantique et au terme d’un long voyage, se sont retrouvés à l’extrême Sud-Est de l’Auvergne, en Haute-Loire, dans un petit village, le Chambon-sur-Lignon. Inscrits au Collège Cévenol, établissement d’enseignement secondaire protestant créé par les pasteurs André Trocmé et Édouard Theis en 1938, ils allaient y passer une année de leur vie, parfois plus.

Au sein de la vaste communauté des anciens du Collège Cévenol, les Amis américains constituent une figure discrète mais bienveillante, un exemple du caractère international de l’établissement. S’ils disposent de leur propre organisation, c’est que les États-Unis ont joué un rôle décisif dans le développement du Collège.

Un campus à l'américaine

En 1945, Edouard Theis et André Trocmé se rendent successivement en Amérique à l’invitation  du Comité des Eglises congrégationalistes. Ils y rencontrent Carl Sangree, pasteur à la retraite, et sa femme Florence, ancienne directrice d’école, tous deux impliqués dans l’accueil de réfugiés en Nouvelle-Angleterre. Enthousiasmés par le projet d’André Trocmé d’établir un collège chrétien international œuvrant pour la paix, ils recueillent auprès des milieux chrétiens une aide substantielle qui permet au Collège de s’étendre grâce à l’achat de bâtiments, transformés en dortoirs. Dès l’été 1946, des étudiants américains se joignent aux élèves du Collège pour aider à bâtir le campus.

"Je suppose que l’euphorie de la jeunesse américaine et internationale, venue en Europe pour reconstruire un monde où il n’y aurait plus de guerre, a contribué aux premiers efforts", indique Anthony Briggs. "Cévenolien" de 1964 à 1965, l’actuel représentant des Amis Américains auprès du Collège a été marqué par sa scolarité au Chambon-sur-Lignon.  "De mes deux années passées au Collège, je n’ai gardé que des bons souvenirs, que ce soit de l’accueil et de l’éducation que j’ai reçus, de la vie à l’internat, de la relation avec les professeurs ou de la notion très forte de communauté".

Ce réseau organisé aux États-Unis débouche en 1952 sur la création des Amis américains du Collège Cévenol (American Friends of the Collège Cévenol, AFCC). Depuis lors, de nombreux élèves américains ont passé une ou plusieurs années au Collège. Aujourd’hui, l’AFCC continue de maintenir le lien entre les anciens élèves américains afin de les tenir informés de l’évolution de l'établissement.

"Grâce à notre réseau, nous pouvons lever des fonds, explique Philip Barnard, l’actuel trésorier de l’association, professeur de littérature à l’université du Kansas aux États-Unis. Ces fonds permettent de faire des dons au Collège, qui, s’ils ne sont pas toujours très élevés, peuvent néanmoins avoir une application très concrète – payer le salaire d’un professeur d’anglais issu d’un pays anglophone, par exemple."

Chaque année, un "work camp"

Né de parents Quakers, Philip Barnard a passé son année de quatrième au Collège, en 1965. "Être élève au Cévenol a été une expérience importante et formatrice dans ma vie, témoigne-t-il. Cela a aiguisé mon intérêt pour la France, toujours d’actualité, et a renforcé mon attachement aux valeurs de non-violence, de pacifisme et de justice sociale inculquées par mes parents."

Tous les étés, les Amis américains organisent un "work camp" (chantier de volontariat) sur le campus du Collège. Ces chantiers, d’une durée de trois à quatre semaines, rassemblent des jeunes Américains de 10 à 15 ans qui effectuent des petits travaux de peinture et de restauration des différents bâtiments. Le séjour est aussi consacré à la découverte de la France à travers des cours de français, des visites culturelles et même des cours de cuisine. Ces chantiers apportent également un supplément de ressources bienvenu au Collège, qui connaît depuis plusieurs années de graves difficultés économiques.

"Mon engagement dans cette organisation est une manière de redonner, modestement, ce que le Collège m’a apporté, confie Philip Barnard. Ceci est d’autant plus important à l’heure actuelle. C’est pourquoi je pense que l’aide de chacun, quelle qu’elle soit, est particulièrement précieuse. La disparition du Collège Cévenol serait une tragédie."

Le Collège Cévenol au Chambon-sur-Lignon @ Louis Fraysse

En savoir plus

Le site Internet des Amis américains (en anglais) : http://cevenolfriends.org/index.php

Louis Fraysse - Réforme
n° 3486 - 01 novembre 2012

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