P_Ricoeur_-_1962_-_206.jpgCe texte de Paul Ricœur qui servi d’introduction au colloque du 11 juin 1962 sur l'avenir du Collège est d’une actualité surprenante. Tout est dit. Nonobstant la référence chrétienne au projet éducatif qui précéda le contrat avec l’état à compter de 197, tout pourrait être repris en l’état. Jugez en vous-même par ces extraits :

[…] « C'est par rapport aux tâches fondamentales du Collège que je situerai les difficultés qu'il rencontre et dont plusieurs sont assurément considérables. »
- « La première tâche, qui n'est pas la plus négligeable, est celle d'avoir un bon collège d'enseignement secondaire » […]
- « La deuxième tâche est plus particulière à notre Collège: tenter cette liaison entre éducation et enseignement que l'enseignement public a pratiquement renoncé à exercer » […]
- « Je vois une troisième raison d'être au Collège, une troisième tâche, c'est de constituer […] l'expérience unique en son genre d'une communauté qui est rassemblée pour la tâche même de l'éducation et qui s'efforce de gérer démocratiquement, et en démocratie directe, cette institution d'enseignement. » […]
- « Le Collège a encore une quatrième tâche […] je pense qu'il nous faut un organisme culturel où l'on tente de donner une certaine caractéristique humaine. » […]
- « La cinquième tâche, la plus importante, que je ne ferai que nommer, c'est la vocation internationale du Collège […] Un pourcentage d'élèves étrangers, un pourcentage important de professeurs étrangers, des liaisons de toutes sortes par des institutions parallèles capables de graviter autour du Collège. Je crois que c'est cela la raison d'être absolument fondamentale du Collège. » […]

Enfin, après avoir évoqué les obstacles et difficultés auxquels le Collège doit face et s’obliger à résoudre, toute sa « conclusion mérite d’être rappelée in extenso :

[…] Dernier problème: le centre de gravitation. Le Collège survivra, vivra et se développera dans la mesure où il suscitera autour de lui d'autres œuvres qui ont de l'affinité avec son entreprise. Dans la mesure même où en France l'enseignement secondaire deviendra plus ordinaire, plus banal. Je crois que notre collège, pour ne pas pâtir de cette dilution du secondaire, devra susciter autour de lui d’autres œuvres
Qu'est-ce que le Collège peut susciter comme œuvres autour de lui ?
Je vois plusieurs directions dans lesquelles il nous faudra chercher, réfléchir, et créer éventuellement...
Ne nous faudra-t-il pas chercher un intermédiaire entre le secondaire et le supérieur, comme aux Etats-Unis, du niveau de propédeutique ?
Une commission pédagogique pourrait étudier ce problème.
Il faut enfin songer à la tâche d'Éducation permanente, problème posé par une culture qui ne s'achève pas dans les établissements scolaires donnant un bagage bien petit, selon l'expression de Michel Philibert; cette éducation permanente serait destinée aux professeurs et à d'autres que les professeurs, à la classe moyenne. Malgré les difficultés qu'il rencontre actuellement, le Collège Cévenol peut et doit regarder vers l'avenir avec confiance.

Allez, reprenez maintenant la lecture de ce texte en totalité, il le mérite. 50 ans après cette intervention, et alors que nous allons célébrer l’an prochain le centenaire de Paul Ricœur, il est bienvenue de pouvoir s’appuyer sur de tels propos au caractère intemporel.

P__Ricoeur__D_R___V2.jpgColloque du 11 juin 1962 sur l'avenir du Collège

M. Paul Ricœur, professeur à la Sorbonne

Président du mouvement du Christianisme social

II est bon que cette réunion ait lieu pour que l'on ne vive pas au jour le jour la vie de ce Collège, mais pour que l'on tâche de le situer sur le long terme par rapport à cette transformation profonde de l'éducation secondaire dans un pays comme la France en pleine expansion et pour qu'on le restitue dans l'ensemble des tâches de la stratégie du protestantisme et aussi par rapport à l'avenir de la culture occidentale et à ses liaisons avec le Christianisme. Je crois qu'il y a là un triple horizon académique, typiquement protestant, et culturel de notre réflexion.

C'est par rapport aux tâches fondamentales du Collège que je situerai les difficultés qu'il rencontre et dont plusieurs sont assurément considérables.

l. - TACHES FONDAMENTALES.

La première tâche, qui n'est pas la plus négligeable, est celle d'avoir un bon collège d'enseignement secondaire, et je voudrais vous dire, à vous, professeurs du Collège Cévenol, combien ce seul objectif, à lui seul considérable, loin d'être une source de déception, doit être une source de fierté par rapport à ce qui se passe dans l'enseignement secondaire en France...

La deuxième tâche est plus particulière à notre Collège: tenter cette liaison entre éducation et enseignement que l'enseignement public a pratiquement renoncé à exercer. Je citerais deux questions importantes dans l'ordre de la conduite de la classe: la place de la compétition dans notre enseignement et la place des sanctions. Je crois que, à propos de ces problèmes-là, il faut toujours rester en état d'alerte pour que nous continuions à expérimenter. De même, dans l'ordre des rapports entre professeurs et élèves, où un arbitrage constant doit s'exercer entre autorité et communauté, amitié et réciprocité. Je crois qu'une des raisons d'être du Collège est de continuer à créer quelque chose dans cette recherche du rôle de la classe et de la communauté dans l'enseignement, comme en ce qui concerne la responsabilité des élèves. Tout ce qui peut nous approcher de l'idéal d'un certain gouvernement des élèves et de sa participation à la gestion du Collège doit être un objectif à maintenir. Enfin, l'éducation au service fait partie de notre tâche d'enseignant. Nous devons préparer nos élèves non seulement à exercer des compétences professionnelles, mais à pratiquer les solidarités sociale, civique et internationale, que probablement peu de jeunes Français sont préparés à vivre. Voilà un deuxième plan de notre responsabilité: cette articulation de l'éducation sur l'enseignement.

Je vois une troisième raison d'être au Collège, une troisième tâche, c'est de constituer une communauté enseignante. Je ne veux pas du tout idéaliser la chose et la transformer en idylle: ceci est très difficile à vivre et, dans une communauté isolée, qui a surtout des relations internes plus nombreuses que des relations externes, comporte nécessairement des tensions, de plus grands conflits de caractères et de personnalités qu'un groupe beaucoup plus neutre, beaucoup plus dilué.
Mais il reste qu'à travers cette difficile vie en commun, il y a l'expérience unique en son genre d'une communauté qui est rassemblée pour la tâche même de l'éducation et qui s'efforce de gérer démocratiquement, et en démocratie directe, cette institution d'enseignement. Peut-être, vous qui vivez cela, vous en voyez trop souvent les charges et les difficultés psychologiques, mais je crois avoir le droit et l'amitié de vous dire qu'il y a là quelque chose d'unique en son genre et qui doit être protégé à tout prix et qu'il faut faire exister, faire vivre et faire croître, une communauté enseignante.

Le Collège a encore une quatrième tâche. Le Collège est un lieu où nous expérimentons, évidemment au niveau qui est le nôtre ici, c'est-à-dire l'enseignement secondaire, concernant ce difficile problème des rapports de l'Evangile, pris dans son sens le moins dogmatique et le moins confessionnel, et d'une culture profane avec toutes ses implications techniques, scientifiques, littéraires, philosophiques, etc. Or, loin que cette tâche doive s'estomper dans l'avenir, je crois au contraire qu'elle ne cessera d'être de plus en plus urgente: il faut qu'il y ait un endroit où l'on continue cette tâche qui a été de tout temps celle des grands éducateurs chrétiens, en particulier d'éducateurs issus de la Réforme, de faire et refaire ces difficiles sutures entre Evangile et culture profane. Je dis que c'est une tâche qui ne s'estompera pas dans l'avenir parce qu'il est absolument certain que la famille est de moins en moins ce lieu. La vie de famille, en particulier la vie de la famille protestante, est une des choses qui me troublent le plus, et qui m'inquiètent le plus, et je ne le dis pas seulement pour les autres, mais aussi pour moi et pour ma propre famille. La difficulté est de maintenir le type du protestant traditionnel qui est en train de s'estomper et peut-être même de disparaître. On a beaucoup critiqué, et avec beaucoup de bonnes raisons, les puritains, les piétistes, mais c'étaient des gens qui existaient, qui avaient une certaine consistance, qui ont joué un rôle dans l'histoire, qui ont fondé des empires, des civilisations. Au fond on ne sait plus très bien ce qu'est le protestant maintenant, ni peut être, même ce qu'est le chrétien moderne, parce qu'il ne se forme plus dans la famille qui se dilue dans la moyenne et dans la médiocrité. Moi, je le vis très fortement dans une banlieue parisienne qui est le type même du milieu de brassage et, au fond, de destruction de toutes les caractéristiques propres de n'importe quelle famille spirituelle. Il y a une sorte de nivellement, d'usure, et je dirais même de liquidation des différences par un milieu citadin très niveleur. Je pense donc qu'il nous faut un organisme culturel où l'on tente de donner une certaine caractéristique humaine. Quand je disais protestant tout à l'heure, évidemment c'est une dominante, cela doit être une dominante et non quelque chose de fermé et d'exclusif. Mais je crois qu'il ne faut pas céder à cette tendance à l'assimilation totale et à la disparition des caractéristiques, de la rugosité, d'un type humain marqué.

La cinquième tâche, la plus importante, que je ne ferai que nommer, c'est la vocation internationale du Collège et je pense que cette raison d'être ne s'est pas affaiblie dans notre esprit. Un pourcentage d'élèves étrangers, un pourcentage important de professeurs étrangers, des liaisons de toutes sortes par des institutions parallèles capables de graviter autour du Collège. Je crois que c'est cela la raison d'être absolument fondamentale du Collège.

Il. - OBSTACLES.

Je voudrais maintenant considérer quelques obstacles et quelques goulots d'étranglement, pour que nous parlions tout â l'heure, dans la discussion, de ces obstacles, pour savoir comment nous pourrons les vaincre. J'en vois trois ou quatre que j'ai un peu ordonnés en fonction de la hiérarchie des tâches que j'ai considérées dans cette première partie.

Je suis moi-même très inquiet par ce problème du recrutement des élèves du Collège. Je ne crois pas que nous aurons d'ici longtemps un problème de quantité étant donné la pénurie d'institutions publiques. Je crois que pendant longtemps nous aurons la possibilité relative de choisir nos élèves. Ce qui m'inquiète le plus, c'est que les élèves qui viennent ici ne sont pas envoyés pour des raisons qui nous tiennent le plus à cœur c'est-à-dire que tous les buts que nous venons d'énoncer, il faut les faire prévaloir en quelque sorte sur les raisons qui amènent nos élèves. C'est la première contradiction sur laquelle est construit ce Collège: bien des familles nous confient leurs enfants pour des raisons négatives, neutres par rapport à ces buts fondamentaux que nous venons d'énoncer: raisons de santé, conflits familiaux, difficultés psychologiques, échecs scolaires. Cela donne un instrument difficile à manier et qui ne fait que rendre plus difficile et admirable la tâche éducative ici.

À ces motifs neutres, quelques autres s'ajoutent, mais qui ne font que s'approcher de loin de ce qui nous intéresse le plus : la possibilité de faire des études sérieuses dans des classes moins nombreuses avec des professeurs plus dévoués, plus attachés à l'éducation que dans le secteur public. Ces buts ne rencontrent pas ce que je disais tout à l'heure, étant données surtout les habitudes des Français qui à la différence des Anglo-Saxons qui confient, en dehors de la famille, à des institutions l'éducation de leurs enfants, nous confient les leurs pour des motifs sinon pathologiques, en tous cas secondaires. Comment riposter à cette difficulté ? Je comprends que l'on soit très tenté, comme plusieurs collègues me l'ont dit, de diminuer pendant quelques années le nombre des élèves, de jouer la carte de la restriction, augmentant ainsi la qualité. Je citerai la phrase d'un autre collègue: "De même que la mauvaise monnaie chasse la bonne, les mauvais élèves chassent les bons". C'est certain. Par conséquent, il faudrait pendant un certain temps renverser la vapeur, mais nous rencontrons alors une autre nécessité. C'est que le Collège doit avoir un nombre optimum d'élèves pour la rentabilité, et que l'optimum de rentabilité ne coïncide pas avec l'optimum pédagogique. Je l'ai vu en relisant les différents comptes rendus du conseil d'administration auxquels je n'ai pas assisté. J'ai bien vu qu'il y a là deux pôles : disons qu'il y a les administratifs les plus soucieux de l'équilibre financier, qui affirment qu'il faudrait aller autour de 500 pour que le Collège tourne, et le point de vue pédagogique selon lequel il faudrait certainement réduire le nombre d'élèves pour augmenter le niveau. Mais diminuer le nombre d'élèves ne serait rentable que si on supprimait des sections. Or ce n'est pas cela qu'il faut: ce serait écheniller, si j'ose dire, dans les différentes sections les élèves qui alourdissent les classes. Voilà une première difficulté, je ne vois pas de bonne réponse et cela doit être un thème de notre discussion...

Une troisième difficulté, celle qui m'inquiète le plus actuellement, c'est, dans l'avenir, le recrutement des professeurs pour cet établissement. Vous connaissez cette formidable pression du secteur privé sur les étudiants qui s'orientent de moins en moins vers l'enseignement, les déceptions de l'enseignement qui n'a pas beaucoup de prestige auprès des jeunes qui cherchent des carrières, et qui voient que les professeurs sont tous déçus par les enfants. Je suis frappé du malentendu qu'il y a maintenant en France entre les professeurs et les élèves. Les professeurs trouvent que les enfants ne savent rien, qu'ils sont stupides, mal élevés, qu'il n'est plus possible d'enseigner. Et les enfants sont déçus par les professeurs : ils disent que les professeurs ne s'intéressent pas à eux, qu'ils les prennent pour des idiots. I1 y a un malentendu grave qui fait que ce n'est pas actuellement une profession attrayante.

J'ai parlé tout à l'heure du fléchissement de la profession d'enseignant. Il y a eu un type d'homme, le prof, qui a été décrit dans beaucoup de romans, avec ses petits côtés, ses ridicules, mais aussi quelque chose d'un peu austère, je pense à des philosophes du siècle dernier comme Lagneau, Alain, type qui avait quelque chose d'ascétique, de rigoureux, de modeste. I1 est certain que nos collègues de l'enseignement public sont pris dans le mouvement général de cette civilisation de la convoitise, où il faut très rapidement acheter un appartement, une auto, un appareil ménager compliqué, etc. Le type de professeur d'autrefois est en train de disparaître et d'être absorbé par la technocratie générale.

Difficultés propres à certaines branches: il est difficile de trouver des professeurs de sciences parce qu'il y a une attirance, non seulement des professions privées d'ingénieurs, mais aussi de la recherche, qui détourne de l'enseignement. On comprend bien, quand on a goûté à la recherche, qu'on n'a pas très envie d'aller enseigner la balance, le levier, etc. Il y a là un problème qui n'est pas résolu et nulle part dans le monde, à savoir que le goût de la recherche et celui de l'enseignement sont en train de se contredire de plus en plus. Ajoutez à la perte de prestige du secondaire en France, le fait qu'il devient la chose générale, La chose commune, qu'il n'est plus un noyau de distinction, qu'il n'est même plus un noyau distinctif. Recruter et former des professeurs, il a là un problème grave pour tous au moment où des pays sous-développés nous demandent des milliers et des milliers d'enseignants, alors que nous ne pouvons même pas résoudre notre propre problème.

Le Collège Cévenol souffre de cette crise générale en y ajoutant les difficultés propres d'un enseignement libre, la caractéristique, assez scandaleuse à bien des égards, d'avoir des élèves riches et des professeurs pauvres. A cette contradiction, je ne vois pas de bonne réponse. Nous n'avons rien trouvé qui remplace la parenté entre la vocation pastorale et la vocation d'enseignant, et c'est notre base fondamentale de recrutement. Nous pouvons ajouter une alternative à ces difficultés par une politique de salaires décents: ce doit assurément être un des objectifs fondamentaux dans les années qui viennent, de songer à nos professeurs, non seulement à ceux qui sont là, mais à ceux qui pourraient venir. A cela je vois deus réponses partielles :
- le Collège offre à ses professeurs des intérêts qu'on ne trouve plus dans l'enseignement publie; tout ce que j'ai parcouru tout à l'heure du côté de ces recherches pédagogiques, de cette liaison de l'éducation et de l'enseignement, de cette communauté enseignante, ce programme d'une éducation chrétienne internationale pour la paix, font la motivation qui ici peut compenser l'intérêt pécuniaire.
- j'ajoute à cela l'intérêt de voir se développer autour du Collège d'autres œuvres. Je suggérerais qu'on essaye de faire de la propagande pour une forme de recrutement pour périodes courtes, c'est de ce côté qu'il faudra nous orienter. J'y pense pour d'autres problèmes, en particulier pour les pays sous-développés. Il faudrait que les enseignants aient plus de mobilité. Souvent les enseignants représentent ce qu'il y a de plus précautionneux, de moins aventureux dans le milieu français.

L'idée d'interrompre sa carrière pendant quelques années, de faire un passage outre-mer, ou dans des institutions particulières, est un genre de goût à cultiver, à provoquer, c'est dans cette direction qu'il faudra chercher.

Examinons aussi quelques difficultés propres à la tâche religieuse et à la tâche internationale. Nous avons cette énorme difficulté devant nous : comment garder notre particularité protestante sans devenir un ghetto protestant ? C'est une contradiction purement abstraite et qui est vécue en la résolvant à mesure. Elle concerne le recrutement des professeurs : devons-nous prendre des professeurs non protestants et même non chrétiens ? De même pour le recrutement des élèves.

Dans quatre moments nous rencontrons ces difficultés : recrutement des élèves, recrutement des professeurs, obligations pour l'internat et la pension, et vie religieuse du Collège.

Je ne crois pas qu'il y ait de formule magique pour résoudre ce problème, car nous avons constamment à maintenir un équilibre entre des exigences contraires, et nous avons à arbitrer ces exigences par la pratique quotidienne. Il faut tenir ferme sur ces deux points : garder notre caractère spécifique et ouvrir sur les autres confessions protestantes, sur le catholicisme et le monde non chrétien, dans la mesure où c'est compatible avec cet objectif. Il faut garder à l'esprit cette tension nécessaire. Or, c'est une contradiction abstraite à résoudre par la vie.

Je suis persuadé que dans la mesure où il y aura ici un noyau, qui n'a pas besoin d'être majoritaire, un noyau de professeurs très engagés dans l'église, nous pourrons nous permettre d être très ouverts. C'est lorsqu'un groupe a une cohérence véritable de conviction qu'il peut se permettre d'accueillir d'autres gens, par exemple des catholiques ou des non chrétiens. Je pense que cela peut être la pierre de touche pour l'avenir de prendre ce risque avec succès, je crois que cela concerne surtout le premier aspect de cette difficulté, le recrutement des professeurs, mais cela concerne aussi le risque que nous pouvons prendre du côté du recrutement des élèves, car c'est dans la mesure où il y a le rayonnement d'une minorité que l'on peut toujours faire des expériences d'ouverture...

Dernier problème: le centre de gravitation. Le Collège survivra, vivra et se développera dans la mesure où il suscitera autour de lui d'autres œuvres qui ont de l'affinité avec son entreprise. Dans la mesure même où en France l'enseignement secondaire deviendra plus ordinaire, plus banal. Je crois que notre collège, pour ne pas pâtir de cette dilution du secondaire, devra susciter autour de lui d’autres œuvres.
Qu'est-ce que le Collège peut susciter comme œuvres autour de lui ?
Je vois plusieurs directions dans lesquelles il nous faudra chercher, réfléchir, et créer éventuellement...
Ne nous faudra-t-il pas chercher un intermédiaire entre le secondaire et le supérieur, comme aux Etats-Unis, du niveau de propédeutique ?
Une commission pédagogique pourrait étudier ce problème.

Il faut enfin songer à la tâche d'Education permanente, problème posé par une culture qui ne s'achève pas dans les établissements scolaires donnant un bagage bien petit, selon l'expression de Michel Philibert; cette éducation permanente serait destinée aux professeurs et à d'autres que les professeurs, à la classe moyenne.

Malgré les difficultés qu'il rencontre actuellement, le Collège Cévenol peut et doit regarder vers l'avenir avec confiance.

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