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Jérôme Savary est décédé lundi soir. Photo AFP

La vocation artistique de Jérôme Savary était née en Haute-Loire dans les années cinquante

Cet ancien élève du collège Cévenol a découvert le monde du théâtre grâce à Jean Dasté.

Jérôme Savary a tiré sa révérence. L’homme de théâtre, haut en couleur, est connu comme fondateur du Grand Magic Circus, comme directeur de scènes prestigieuses. Mais on sait moins que cet artiste, né en Argentine, avait des attaches fortes avec la Haute Loire, et singulièrement le Haut-Lignon.

Au début des années cinquante, après son divorce, sa mère regagne la France avec ses trois enfants. En quête d’air vivifiant et à la recherche d’un collège franco-américain (c’était la fille d’un gouverneur de l’État de New York), elle choisit Le Chambon-sur-Lignon, connu pour son collège-lycée international. Après l’école communale, Jérôme Savary rejoint ainsi les bancs du Cévenol.

Dans son autobiographie Ma vie commence à 20h30, parue chez Stock en 1991, il décrit l’établissement ainsi : « C’était un collège à l’américaine, avec des bâtiments dispersés au milieu des bois. L’ambiance y était bucolique, les professeurs gentils et compréhensifs, les salles de classe de plain pied avec la nature. »

Surtout, c’est dans ce cadre que l’adolescent bouillonnant approche le monde du théâtre, grâce à la troupe de Jean Dasté, le fondateur de la Comédie de Saint Étienne. Gérard Bollon, l’historien du Chambon-sur-Lignon, raconte ceci : « Une fois par trimestre, qu’il neige ou qu’il vente, un vieil autocar, chargé de forêts en carton pâte et de robes de princesse, grimpe sur la route tortueuse de Saint Étienne et s’arrête au Chambon-sur-Lignon. Dès le décor installé, la troupe allait casser la croûte à l’hôtel Central. Jérôme les suivait en catimini et observait, le nez collé à la vitrine du restaurant, la jeune première qui n’était autre que Delphine Seyrig, également élève au collège Cévenol. » Lorsque le spectacle commence , l’adolescent s’enflamme. Toujours dans son autobiographie,

Jérôme Savary confie : « Je tremblais d’émotion dans mon fauteuil d’orchestre, comme halluciné, dans un état second. » Il tanne sa mère en affirmant : « Maman, je veux être artiste. » On connaît la suite…

Aujourd’hui, dans le gymnase du Cévenol, la Comédie de Saint Étienne continue à venir régulièrement donner des représentations.

Qui sait… peut-être devant des Jérôme Savary en herbe ?

Fabienne Mercier - Le progrès - La Tribune - 6 mars 20123