Le remue-méninges continue au Collège Cévenol. Le 2 février dernier, l’assemblée générale de l’Association unifiée de l’établissement a adopté un plan de refondation ambitieux.

illustration.pngUn nouveau départ

Un nouveau projet d’établissement portant sur la période 2013-2017 est en cours d’écriture. Six chantiers de travail prioritaires ont été dégagés : le projet éducatif, le développement international, la rénovation des infrastructures, la gouvernance, la communication et la recherche de financements. C’est justement cette dernière question qui pose problème aujourd’hui.

Un beau patrimoine

« Le paradoxe du Collège, c’est que, malgré ses problèmes de trésorerie, il reste riche de son patrimoine », avance Laurent Pasteur, vice-président du conseil d’administration et chef du projet. Le Collège est propriétaire de son campus et de ses bâtiments mais manque d’argent. Pour dégager les fonds nécessaires à la réalisation des objectifs énoncés dans le projet du Collège, plusieurs options sont envisagées, dont la création d’une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), qui permettrait d’associer autour d’une même vision différents acteurs, dans un souci de développement durable et de préservation de l’intérêt collectif.

cevenol_5.jpgLe Collège Cévenol est propriétaire de son campus et de ses bâtiments © Louis Fraysse

Le projet éducatif du Collège a lui aussi été revu. Il est construit autour de cinq points : éducation à la non-violence et à la paix, éducation au développement durable, dimension internationale du recrutement, internat éducatif, et mise en place d’options sports-études et arts-études.

Ce projet éducatif politique, stratégique pour l’avenir de l’établissement, il fallait le transformer en document pédagogique, accessible à toute la communauté éducative. C’est ce qui a été demandé à Michel Petit, inspecteur académique à la retraite, longtemps conseiller du recteur de l’académie de Lyon. « L’éducation à la paix et à la non-violence, c’est certes passionnant d’un point de vue philosophique, mais concrètement, cela signifie quoi ?, s’interroge-t-il. Pour y répondre, nous avons réuni la communauté éducative dans sa totalité, personnels enseignants et non enseignants, représentants d’élèves, des parents d’élèves, ainsi que les membres du CA. Un ensemble de micro-chantiers ont été lancés, ils sont amenés à sensiblement modifier le Collège. L’idée, à terme, est de faire du Cévenol un établissement totalement spécifique, qui n’ait plus à craindre la concurrence des collèges et lycées environnants. »

Pour l’ancien inspecteur, le point fort du projet actuel tient du fait que la communauté éducative y a été associée depuis le début.

« J’ai connu beaucoup de collèges et de lycées qui se sont effondrés. À chaque fois, la raison principale était le manque de mobilisation de la communauté éducative autour d’un projet viable, explique-t-il. Ici, au contraire, on sent une envie de réussir. L’équipe enseignante est soudée autour du chef d’établissement. »

Une équipe mobilisée

L’insistance sur la notion d’éducation à la non-violence et à la paix est profondément ancrée dans l’identité de l’établissement, fondé en 1938 par les pasteurs André Trocmé et Édouard Theis. Dans plusieurs pays – Suède, Finlande, Canada – cette thématique est intégrée dans le système éducatif.

« C’est un réel enjeu de société, explique Édith Tartar-Goddet, psychosociologue et formatrice pour l’Éducation nationale. Quand un jeune parvient à exprimer ce qu’il ressent, sa colère ou un sentiment d’injustice par exemple, il sera moins amené à le mettre en scène dans sa relation à l’autre. »

« Aujourd’hui, à l’école, on apprend beaucoup de choses mais pas forcément à vivre ensemble et, à ce sujet, il y a un vrai manque de formation, constate Christian Renoux, président de la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix, qui milite pour l’introduction de cette dernière dans les programmes officiels de l’Éducation nationale. Il existe de nombreux retours d’expériences sur ce thème et le Collège Cévenol s’est inscrit dans cette démarche de formation des enseignants et des personnels à l’éducation à la non-violence. »

Là encore, éduquer à la non-violence et à la paix ne peut être efficace que si l’ensemble de la communauté éducative se mobilise. L’enthousiasme et la motivation de cette dernière sont réels, mais suffiront-ils à relancer le Collège ? « Il est toujours extraordinaire de voir le nombre de personnes qui souhaitent que le Collège Cévenol poursuive son ambition, indique Laurent Pasteur, qui insiste sur le besoin urgent de financement pour assurer la transition en cours. Plus que jamais, nous comptons sur chacun et chacune des amis du Collège pour y parvenir. »

Selon la direction, il faudrait au moins 170 élèves pour que l’établissement retrouve un équilibre financier. Il en accueille actuellement 120, dont 45 internes. La prochaine rentrée sera déterminante.

Louis Fraysse © REFORME - N° 3506 - 28 mars 2013

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