Le collège-lycée Cévenol du Chambon-sur-Lignon
(Haute-Loire), où a été assassinée la jeune Agnès,
a été placé en redressement judiciaire
mais l’équipe dirigeante veut le relancer.

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Le Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), collège-lycée Cévenol, novembre 2011. Le viol et le meurtre d’Agnès par un autre élève avaient soulevé une énorme émotion.

Dix-huit mois après le viol et le meurtre d’Agnès Marin, 14 ans, par Martin*, un camarade d’internat qui sera jugé aux assises dans un mois (lire ci-contre), le collège-lycée Cévenol du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), où étaient scolarisés les deux adolescents, a du mal à se relever. Jeudi, à sa demande, l’établissement - privé, mais sous contrat avec l’Education nationale - a été placé en redressement judiciaire avec une période d’observation de six mois, procédure qui lui permet de suspendre ses créances en attendant des jours meilleurs. Mis en cause pour avoir accueilli Martin alors qu’il était sous contrôle judiciaire après le viol, à l’été 2010, d’une amie dans le Gard, le collège-lycée, qui était déjà dans une situation financière délicate, a vu ses effectifs fondre d’un tiers. De 180, les élèves inscrits sont passés à 120 en un an, obligeant le conseil d’administration à faire appel à la générosité de son vaste réseau d’anciens. « Nous n’avions à ce moment-là pas de quoi faire face aux mois de février et mars ; beaucoup se sont mobilisés, mais il nous manquait 30 000 € pour boucler avril. D’ici l’été, des rentrées d’argent sont attendues via la taxe d’apprentissage et la subvention du conseil régional, et nous tablons sur un effectif de 150 élèves à la rentrée », détaille Laurent Pasteur, vice-président de l’AUCC, l’association gestionnaire du collège-lycée. Lui-même ancien élève, il reste très attaché à cet établissement d’inspiration protestante, créé en 1938, recevant des jeunes du monde entier, à la pédagogie plus souple que l’école traditionnelle et qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, a accueilli et protégé de nombreux élèves et professeurs de confession juive. « Il n’y a pas eu de phénomène de rejet à la suite de cette affaire, seuls deux élèves se sont désinscrits, précise-t-il. Mais en janvier-février, au moment où les parents se renseignent, le drame était encore trop frais et il nous semblait indécent de faire une campagne de communication. Les effectifs étaient d’ailleurs en baisse depuis de nombreuses années, avec une gestion défaillante. Mais, depuis la rentrée précédant le drame, nous étions déjà dans une logique de relance avec une nouvelle équipe », regrette-t-il.

Nouvelles filières

Après l’affaire, qui avait soulevé une énorme émotion, et une polémique dont s’était emparé le gouvernement, un rapport de l’inspection générale de l’Education nationale avait pointé de nombreux dysfonctionnements, notamment en termes d’effectifs et de surveillance. « Ce rapport était sévère, mais juste, reconnaît Laurent Pasteur. Tous ces points ont été résolus depuis et, en février, nous avons lancé un vaste plan sur quatre ans. » L’établissement espère d’ici là accueillir 300 élèves, notamment de l’étranger. Des filières de sport-études, des disciplines artistiques et le développement de l’éducation à la non-violence font partie des projets en cours. L’équipe dirigeante espère juste que la relance ne sera pas freinée par le procès, imminent, de Martin, et sa médiatisation.

LOUISE COLCOMBET - Le Parisien Aujourd'hui en France - 5 mai 2013

* Le prénom a été changé, l’auteur étant mineur au moment des faits.

L’assassin présumé jugé en juin

Martin, qui avait 17 ans au moment du viol et de l’assassinat d’Agnès, dont il avait aussi brûlé le corps dans une forêt, sera jugé du 17 au 28 juin par la cour d’assises des mineurs du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Il devra également répondre des faits de viol commis en août 2010 sur une amie d’enfance dans son village de Nages-et-Solorgues (Gard), puisque cette affaire était encore en cours d’instruction lorsque Martin a tué Agnès. Au collège-lycée Cévenol, dont de nombreux élèves et encadrants sont convoqués comme témoins au procès, on redoute ce terrible moment. D’autant que l’audience a lieu au moment des examens de fin d’année et que des élèves concernés seront en plein baccalauréat. L’an dernier, l’association des parents d’élèves s’était déjà élevée contre la date choisie pour la reconstitution des faits, le 22 juin, car elle coïncidait là encore avec les examens et précédait de quelques jours seulement l’épreuve du brevet des collèges, qu’Agnès aurait dû passer avec ses camarades. L.C.