Prédication Pentecôte 2014, 75 ans du Collège Cévenol

LECTURES BIBLIQUES

Traduction Œcuménique de la Bible

LIVRE DE LA GENÈSE, chapitre 12 :

1Le SEIGNEUR dit à Abram : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir.
2Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom. Sois en bénédiction.
3Je bénirai ceux qui te béniront, qui te bafouera je le maudirai ; en toi seront bénies toutes les familles de la terre. »
4Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit, et Loth partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans quand il quitta Harrân. 5Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous les biens qu’ils avaient acquis et les êtres qu’ils entretenaient à Harrân. Ils partirent pour le pays de Canaan.

ÉVANGILE SELON SAINT-JEAN, chapitre 20 :

19Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des autorités juives, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. »
20Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.
21Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. »
22Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ;
23ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »

florence.jpgChers amis, anciens élèves et salariés du Collège Cévenol, professeurs et personnel du Collège, élèves qui terminez votre année scolaire, parents d’élèves, amis du Plateau et d’ailleurs,

Frères et sœurs,

Ce week-end de la Pentecôte 2014, sur le campus du Collège, et en bien d’autres endroits où des personnes sont avec nous en pensées et en prières, est un moment particulièrement émouvant de la vie du Collège. La joie des retrouvailles, prévues il y a cinq ans, pour fêter l’anniversaire des soixante-quinze années de vie du Collège, est mitigée et colorée par divers autres sentiments. La fermeture imminente entraine de la tristesse, de l’incompréhension, de la colère et du ressentiment parfois, et même de la consternation. Le Collège, qui semblait, malgré bien des signes avant-coureurs de difficultés, depuis plusieurs décennies, un monument inébranlable, était donc réellement susceptible de mourir !? Tous les sentiments que nous avons évoqués sont bien légitimes, car nous sommes des êtres de chair et de sang :
pour les anciens élèves, ne sont-ce pas les souvenirs joyeux et intrépides de leurs jeunes années qui sont touchés ?
pour les professeurs et le personnel, engagés ces dernières années au redressement du Collège de tout leur cœur, n’est-ce pas un désenchantement devant ce qui peut paraître avoir été un vain combat, sans compter le chamboulement dans leur vie, retrouver un emploi, déménager peut-être ?
quant aux les élèves en cours actuellement, ils terminent l’année scolaire, avec le Bac en ligne de mire pour certains, tout en cherchant, avec leurs parents, comment continuer leur scolarité l’année prochaine.

Et puis, de manière plus large, il y a ce qu’a conçu et construit le Collège, depuis sa création, en tant que laboratoire en matière d’enseignement et d’éducation. Possibilité en actes pour la jeunesse de faire l’expérience de la responsabilité, de la tolérance, de l’ouverture à l’autre, dans la curiosité bienveillante et le respect des différences culturelles et religieuses, le symbole qu’il a représenté a largement dépassé les frontières du cercle de ceux qui en ont été élèves ou professeurs. Créé sous l’inspiration de l’Évangile et de son Esprit, et par l’intuition et l’impulsion du pasteur Trocmé, sur ce Plateau que nous aimons, son histoire s’est tressée à celles des histoires de vie singulières de ceux qui l’ont fréquenté, de ceux qui s’y sont engagés, les marquant à jamais, mais aussi de la grande Histoire, celle de notre pays, et bien au-delà, puisque les nombreux élèves venus étudier depuis des pays étrangers ont pu emporter dans leurs bagages l’esprit qui animait le Collège, le partager et le mettre en pratique, là où ils se sont installés. Son histoire n’a pas été épargnée par les drames humains, et nous ne pouvons ici que prendre dans notre cœur les victimes et les bourreaux de notre humanité, et les placer devant Dieu. Notre humanité, n’est-ce pas aussi ce qui se passe au cœur de chacun de nous, car la frontière délicate entre le bien et le mal ne se situe pas entre les hommes, mais à l’intérieur de chacun . Oui, les placer, avec amour et compassion, devant Celui qui console et qui pardonne. Nous sommes ici, au sein de cette célébration, pour reconnaitre les sentiments qui nous habitent, pour les embrasser, et nous laisser pacifier. Ainsi, le présent et l’avenir pourront s’ouvrir au-delà de ce qui peut être verrouillé, et l’inattendu surgir de nouveau, sur le chemin, en une re-création. Pour cela, je vous invite à nous appuyer sur les deux passages de la Bible que nous avons entendus lire tout à l’heure.

Tout d’abord, reprenons le récit de l’évangile selon Jean, au chapitre 20. La scène se passe le dimanche après la mort de Jésus sur la croix. Les disciples se sont enfermés, par crainte de subir le même sort que Jésus, car ils sont connus pour être ses proches. Ils sont enfermés dans leur peur. Consternés, prostrés, sous le choc de la mort cruelle et injuste de celui qu’ils suivaient. Ils le suivaient, ce Jésus, parce qu’il proclamait l’amour et le pardon de Dieu pour les humains, et qu’il les avait institués enfants de Dieu.

Ce qui est mort pour eux, c’est l’espérance en l’amour plus fort que tout. Et ils se sont verrouillés dans leur colère, leur amertume, leur désarroi. Pourtant, ce matin même, lisons-nous dans le passage qui précède le nôtre, dans le jardin près de la tombe Marie avait reconnu Jésus, ressuscité, et avait accouru pour les prévenir. Jésus lui-même le leur avait dit à plusieurs reprises ces dernières semaines : il devrait mourir, mais il se rendrait de nouveau présent parmi eux. Oui, présent, d’une autre manière, car l’amour de Dieu est plus fort que les forces mortifères.

Et voici que dans cette pièce verrouillée, Jésus leur apparaît. Il leur dit : « La paix soit avec vous. » Par cette parole, et en voyant ses mains et ses côtés, qui portent les marques de la croix, les disciples le reconnaissent. La joie peut surgir, de nouveau : c’était donc vrai, l’amour a vaincu la mort ! Alors que souvent, nous nous tenons cachés, porte verrouillée, Jésus vient se tenir au milieu de nous. Et il nous dit : « La paix soit avec vous ». « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie. », continue-t-il.

Et il souffle sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ».

Amis, recevez l’Esprit Saint, de la part de Jésus. Dieu nous envoie, hors de nos enfermements, vers le monde, guidés par l’Esprit.

Il nous envoie pour quoi ? « Ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leurs seront remis ! » Mazette, quel pouvoir nous est conféré ! oui, ce pouvoir de pardonner, d’ouvrir notre cœur pour évacuer la rancune, nos considérations sur ce qui aurait dû être et sur ce qui aurait dû ne pas être, oui, il nous est donné le pouvoir de le lâcher pour nous tourner vers l’autre.

Comment ? tout simplement, parce que la Paix de Dieu nous est offerte.

Nous pouvons, parfois, avoir le sentiment d’être en paix, car nous n’aurions rien, à vues humaines, à reprocher, ni à nous-même, ni aux autres. C’est rare !

Mais ici, Jésus vient bouleverser l’ordre de notre logique :

Nous ne sommes pas en paix parce que nous n’avons rien à reprocher aux autres, nous sommes en paix parce que la paix nous est donnée, en cadeau, par Jésus, en l’Esprit Saint.

Et alors les choses vont de soi…si nous sommes en paix, les reproches s’estompent et disparaissent, le pardon est présent, l’amour peut surgir. Les verrous tombent, les portes s’ouvrent.

Le présent se tourne de nouveau vers l’avenir, qui redevient possible, mais quel est donc cet avenir ?

Pour tenter d’y voir plus clair, je vous invite à nous pencher sur le premier texte que nous avons entendu, dans le livre de la Genèse. Il s’agit du récit de la vocation d’Abram, de son appel par Dieu. Abram, dit le père des croyants, car il est un personnage fondateur pour les trois religions monothéistes. Dieu l’appelle : Pars de ton pays, de ton lieu de naissance, de la maison de ton père, vers le pays que je te ferai voir, que je te montrerai.

Dieu lui promet : je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. Et Abram part. Son père, Terah, est mort, nous a-t-on appris dans le verset précédent. Il part, certes avec sa femme et son neveu, ainsi que ses serviteurs et ses biens. Mais il manque tout de même une indication importante dans la demande divine. En effet, Dieu ne lui a pas dit où il doit partir : « Va vers le pays que je te montrerai. » Il ne peut faire de plan, il doit marcher et se rendre, jour après jour, vers un pays non nommé, qu’il ne peut se représenter. Il marche vers l’inconnu. Riche de la promesse de bénédiction et de la fécondité de celle-ci, certes, mais aussi, sans aucun doute, avec une grande confiance. Une foi dans la seule parole de Dieu : « va vers le pays que je te ferai voir. »

Quel enseignement pouvons-nous en tirer ? Ne s’agirait-il pour nous aussi, de quitter le passé et de nous mettre en mouvement, vers l’avenir, mais sans en connaitre les contours ? quitter le passé, en gardant ce qui est important pour nous, comme Abram est parti avec sa femme Saraï et son neveu, mais en nous mettant en route avec confiance, vers un avenir qui ne peut être qu’irreprésentable. Tous nos efforts pour contrôler ce qui va advenir dans notre vie sont vains. Nous ne pouvons que marcher en confiance, de la façon la plus juste que nous pouvons, au présent. La promesse, c’est que nos vies en marche sont bénies de Dieu, et ce, même si l’on n’en voit pas le fruit au premier abord.

Avez-vous remarqué l’âge qu’avait Abram lorsqu’il prit la route ? soixante-quinze ans…

Notre Collège Cévenol fête ses soixante-quinze ans, et sous sa forme actuelle, il va bientôt mourir. Mais son Esprit ne mourra pas, si nous, qui en sommes dépositaires, voulons bien continuer le chemin, avec, pour bagage, ce que nous voulons garder de précieux de son aventure. Que deviendront les locaux, le beau site, qui regorgent de souvenirs, certains même gravés sur l’écorce des arbres ? Quels projets porteurs de sens pour ceux qui ont connu le Collège peuvent prendre forme, et redonner vie à ce lieu ? A ma connaissance, même si des désirs émergent, personne ne le sait à ce jour. Mais si nous partons, riches de l’appel de Dieu à nous mettre en route, il nous montrera, porteur de la promesse de sa bénédiction féconde, la direction à suivre, pas à pas, jour après jour.

Chers amis, qu’avez-vous reçu de la présence du Collège et que vous voulez garder ? je vous invite à prendre une minute pour récapituler cela, pour vous-même.

Et puis, partagez-le, en quelques mots, avec votre voisin. Qu’est-ce qui est si précieux que vous allez l’emmener dans votre bagage ? qu’est-ce que vous pourrez partager de beau, de bon, avec toutes les personnes que vous rencontrerez ? qu’est-ce qui est du matériau avec lequel vous allez continuer à construire votre vie ?

Comment, par vous, l’Esprit du Collège va-t-il continuer à vivre ?

(interventions libres…)

Recevons la paix du Christ, l’Esprit Saint de Pentecôte, et la promesse de la bénédiction féconde de Dieu ! Amen