Collège lycée Cévenol : point final après soixante-seize rentrées

Après soixante-seize ans d’existence, ce 11 juillet signe la fermeture définitive du Cévenol. Une fin éminemment douloureuse pour tous ceux qui, de près ou de loin, ont côtoyé l’établissement.

Mercredi 9 juillet, en milieu d’après-midi, le ciel demeure menaçant. Lui-même semble réprimer son désespoir. Puis, n’y tenant plus, le lâche furtivement par vagues brutales et orageuses.

« Humanisme et tolérance », la devise du collège

Déjà, l’immense domaine du collège paraît presque à l’abandon. Les pluies de juillet ont inondé la piste d’athlétisme. Les terrains de tennis se voient peu à peu mangés par le lichen et les mauvaises herbes, tandis qu’une partie du personnel (cuisine, entretien, surveillance, soit une vingtaine de personnes), réunie une dernière fois pour l’occasion, se voit signifier plus précisément les conditions de son licenciement économique.

« Un jour, quelqu’un viendra et nous dira : “Vous aviez une mine d’or. Qu’en avez-vous fait ?” »

André Viallon, ancien président de l’association de parents Il règne comme une atmosphère de fin du monde dans cet espace unique où ont si longtemps résonné les rires d’adolescents insouciants. Des rires italiens, français, gabonais, mexicains, des rires américains, chinois ou marocains. Le collège lycée était « international », c’était même l’une de ses plus grandes spécificités. À marcher et tourner sur ces 15 hectares au côté d’André Viallon, ancien président de l’association de parents d’élèves, se dégage une nostalgie que même l’étranger ressent. « C’est une catastrophe, un tel gâchis, répète-t-il inlassablement. Ici, avant, c’était un bijou. New York en miniature, avec des gens de toutes les nationalités et de tous les continents. »

« Le Cévenol a été le berceau d’une nouvelle vie pour des milliers d’enfants. »

Antoine Cathala, ancien directeur administratif À l’époque de l’âge d’or, dans les années 1960, le campus accueillait plus de 600 élèves. De la riche héritière d’un aristocrate de Cambridge au fils du pasteur du Mazet-Saint-Voy, du cadet de l’ambassadeur du Bénin au benjamin récalcitrant d’une famille lyonnaise ordinaire. Et c’est sans compter les multiples fils et filles d’artistes à succès dont les parents n’avaient que peu de temps à leur consacrer. Chacun d’entre eux y trouvait un monde à lui, presque un monde en soi, et pour certains, une famille. « C’était une utopie, explique André hébété. L’idée de ce collège, influencée par les valeurs protestantes et la pédagogie d’outre-Atlantique, c’était de faire un campus à l’américaine, grand, ouvert, sans grille ni barrière. »

Pourtant, André Viallon n’a pas rêvé : ce lieu a bien existé, au Chambon-sur-Lignon, entre 1938 et 2014.

Julien Wagner - Le Progrès - 11 juillet 2014

Voir aussi : Le Collège Cévenol est mort & "Raphael Petavi, liquidateur judiciaire"